Les députés discutent, cette semaine, de l’avant-projet de loi sur la santé. Après plusieurs reports, les pouvoirs publics ont fini par programmer sa présentation et son adoption au cours de cette semaine.

Présenté par les pouvoirs publics comme une évolution du système de santé et un pas en avant dans la modernisation du secteur de la santé, le projet de loi en question soulève, par ailleurs, un tollé et des réactions critiques de la part des syndicats et des partis de l’opposition.
Des polémiques qui interviennent au moment où les structures de la santé publique du pays souffrent de tous les maux. L’état catastrophique dans lequel se trouvent ces dernières révolte  régulièrement aussi bien le personnel médical que les patients et leurs parents.
Au lieu d’être des lieux de soins, la plupart des structures de santé publique du pays ressemblent, aujourd’hui, à des centres de rétention. Bagarre entre gangs, violence contre le personnel médical de garde, manque de médicaments, surcharge des salles de soins, notamment dans les maternités où deux à trois femmes sur le point d’accoucher sont entassées sur un seul matelas. A cela s’ajoutent, les grèves récurrentes du personnel médical qui aggrave la situation du secteur. Les conflits entre les patients et le personnel médical finissent devant les tribunaux. Des dizaines de médecins (spécialistes et généralistes) et des sages-femmes se sont retrouvés devant la justice entre 2017 et 2018 à Djelfa, Blida, Alger, Skikda et autres. Des peines de prison ont été même prononcées contre des médecins spécialistes et des sages-femmes à Djelfa et Blida. Ces condamnations renseignent sur le malaise qui ronge un secteur censé être à l’abri des conflits et des luttes. Souvent accusé de négligence et de favoritisme, le personnel médical des structures de santé publique fait face à de graves problèmes qui l’empêchent d’accomplir convenablement sa mission. Le manque de sécurité dans les services des urgences, notamment la nuit, est le souci numéro un du personnel médical de garde. Des cas de violence contre des médecins de garde et des infirmiers sont souvent signalés. Des parents de patients et des gangs s’en prennent au personnel de garde qui se retrouve seul au moment des faits. Les appels lancés par les syndicats du secteur pour assurer une sécurité de qualité dans les services des urgences n’ont pas eu de suite.
La surcharge des hôpitaux est l’autre problème délicat auquel font face quotidiennement les patients et le personnel médical. Des images filmées dans des maternités à Béjaïa, Constantine et Djelfa ne laissent aucun doute sur l’ampleur du mal. Résultat : des dizaines de femmes sur le point d’accoucher sont livrées à elles-mêmes et attendent jusque dans les couloirs. Selon des témoins, dans certains services de maternité, on confie jusqu’à 9 femmes à une seule sage-femme. Cette surcharge s’explique essentiellement par le nombre de nouveau-nés de plus en plus important qu’enregistre le pays. Selon les statistiques officielles, ce nombre, en 2016, a atteint  1,2 million. Les structures de santé publique ne sont plus en mesure de prendre en charge ces naissances.

Manque de personnel spécialisé
La quasi-totalité des médecins spécialistes quittent le secteur de la santé publique à la fin du service civil laissant derrière eux un vide qu’il faut toujours combler. Les responsables du secteur de la santé publique passent beaucoup de temps dans le recherche de médecins spécialisés qui fuient vers le privé et même à l’étranger. De moins en moins de médecins spécialistes souhaitent faire carrière dans le secteur public. L’insuffisance du matériel médical est l’autre problème qui handicape la santé publique. Victimes de la surexploitation et de la négligence, les équipements médicaux des structures de santé publique sont souvent en panne. Les opérations d’entretien et de réparation prennent énormément de temps en raison de la lenteur des procédures administratives.