Le déficit en pluviométrie toujours en cours sur l’ensemble du pays est manifestement source
de sérieuse crainte sur la campagne céréalière et son impact direct sur la sécurité alimentaire.

PAR NAZIM BRAHIMI
Et si l’Algérie figure en bonne position en matière de sécurité alimentaire, selon le classement établi par le Programme onusien de sécurité alimentaire, le déficit en pluviométrie risque de compromettre les objectifs prévus et de recourir à l’importation de produits alimentaires.
La filière des céréales a enregistré, durant la saison 2021-2022, une hausse de la production de l’ordre de 48%, comparativement à la saison précédente, une performance expliquée par les conditions climatiques favorables et par le respect du parcours technique. Cependant, la raréfaction des eaux met ainsi sous pression le secteur agricole qui a pu participer, toutes filières confondues, à hauteur de 14,7% au PIB avec une valeur de production agricole prévisionnelle en 2022 de 4.500 milliards de DA, soit une augmentation de 31% par rapport à 2021.
La filière des céréales a dégagé une production de 41 millions de quintaux contre 27,6 millions de quintaux en 2021, avec des prévisions de production de 55 millions de quintaux sur 3,75 millions d’hectares pour 2025.
Pour renforcer la sécurité alimentaire, les pouvoirs publics ont œuvré pour la création de la Banque nationale de semences avec la perspective de «réaliser un taux de 80% de couverture en termes de semences à l’horizon 2023», selon le Premier ministre, Aimene Benabderrahmane.
Dans le cadre du même objectif de la sécurisation céréalière, des actions publiques ont rendu possible la mobilisation des ressources en eau pour l’irrigation sur 500 000 ha et la prévision de généralisation des systèmes d’irrigation économiseurs d’eau sur 150 000 ha à l’horizon 2025, selon les prévisions. Ces prévisions sont cependant difficiles à réaliser en ces temps de stress hydrique, mettent en garde des spécialistes de la question.
Pour sa part, le responsable de l’organisation et de la régulation des filières agricoles, auprès du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, Ali Zoubar, a indiqué que le recours à l’irrigation d’appoint pour la céréaliculture afin de faire face au stress hydrique et préserver cette culture est envisageable. Assurant que la situation hydrique «n’est pas alarmante pour les céréales», le même responsable a considéré que «l’irrigation d’appoint est une possibilité pour sauver la campagne céréalière et permettre la levée des céréales ».
Dans son argumentaire, le responsable a souligné qu’à «la saison agricole passée, il y avait un manque de pluie en décembre et janvier et les précipitations des mois de mars et avril ont permis aux céréales de se développer et d’assurer une bonne récolte avec plus de 40 millions de quintaux produits». M. Zoubar a détaillé que l’Institut national des sols, de l’irrigation et du drainage (INSID) «suit de très près la situation et émet des bulletins d’alerte météorologiques pour chaque zone», ajoutant qu’«à chaque fois qu’il y a nécessité, l’irrigation d’appoint est déclenchée». Il a également fait remarquer que, selon les prévisions météorologiques, «des précipitations sont attendues à partir du 15 janvier courant».
Le Professeur Ahmed Bouyacoub de l’Ecole supérieure d’économie d’Oran a relevé récemment l’importance, voire la vitalité, de relever le défi de la sécurité alimentaire à travers l’implication de nombreux secteurs dans son étude, dont le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui s’est récemment vu attribuer, par l’intermédiaire de la Direction générale de la recherche scientifique, un axe de recherche lié à la sécurité alimentaire.
Le même intervenant a souligné que l’Algérie «a réussi, au cours des dernières années, à augmenter considérablement sa production alimentaire et que le produit intérieur brut du secteur agricole a plus que doublé et que la valeur de la production agricole a augmenté, ces dernières années, pour atteindre 23 milliards USD». Selon le professeur Bouyakoub, malgré cette croissance de la production agricole, il faut «travailler davantage pour assurer la sécurité alimentaire».
Le professeur Ahmed Bessaoud de l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (France) a, de son côté, indiqué que le phénomène du changement climatique, qui affecte négativement la production agricole par la hausse des températures, la baisse des précipitations et de la qualité des sols, nécessite des travaux pour exploiter les potentiels naturels et humains disponibles de manière scientifique et rationnelle en augmentant la production de diverses denrées alimentaires de façon à garantir la sécurité alimentaire. n