Face au stress hydrique qui pourrait s’installer dans la durée, le pays gagnerait à contrôler efficacement ses ressources en eau par une gestion sans faille. Pour ce faire, gouvernement, associations et citoyens sont impliqués.

Par Bouzid Chalabi
Nul doute que depuis le début de l’année à ce jour le stress hydrique s’est accentué en Algérie «et risque fort de se poursuivre dans les prochaines semaines, du moins jusqu’en mi-automne», estiment de nombreux hydrologues nationaux. Devant cette situation, des solutions d’urgence ont été décidées par le gouvernement en place, entre autres, multiplier les forages et créer de nouvelles usines de dessalement dans l’attente des premières pluies d’automne à même de relever quelque peu le bas niveau de remplissage actuel des barrages de l’ouest et du centre du pays, dont certains sont presque à sec. D’ici là, les mesures et actions engagées en urgence vont mettre du temps à donner des résultats pour combler en partie le déficit en matière d’alimentation en eau potable des populations.
Pour l’heure, pendant cette période difficile autant pour le consommateur que pour les entreprises gestionnaires de l’AEP, «il n’y a que la gestion efficiente des réserves au fond des barrages du centre et de l’ouest par le rationnement d’une distribution équitable de l’eau potable, du moins dans les régions du pays les plus défavorisées en matière de forages et d’eau issue du dessalement de l’eau de mer.
Sur ce dernier point, le président de la République a été formel. Il a, en effet, instruit, lors d’une réunion extraordinaire du Conseil des ministres, qui s’est tenu lundi, d’approvisionner les citoyens en eau à travers l’ensemble du territoire national avec comme objectif d’augmenter les capacités nationales de stockage de 10 milliards m3 à 12 milliards m3. Pour ce faire, un plan d’actions a été adopté et porte sur la poursuite de l’interconnexion des barrages, l’exploitation des eaux souterraines dormantes, la maintenance des réseaux en place, le renforcement des mesures d’économie des ressources en eau afin de lutter contre le gaspillage.

Chantiers prioritaires
Concernant le volet interconnexion des barrages, il n’échappe à personnes qu’il est possible de transférer des millions de mètres cubes à partir de barrages de l’est du pays, où les volumes conventionnels sont très importants, vers les ouvrages presque à sec. Et ainsi renflouer les barrages vides si besoin est chaque fois que le seuil critique de remplissage est atteint. Autrement dit, se mettre à l’abri des périodes de manque de pluviométrie prolongées. Quant au renforcement de l’offre par les eaux non conventionnelles, c’est-à-dire les eaux issues des unités de dessalement de l’eau de mer, c’est une alternative incontournable. Dans ce contexte, les spécialistes en la matière sont d’avis à pousser les usines fonctionnelles à produire au maximum dans l’attente de l’entrée en production de nouvelles unités. Des projets sont à la veille d’être livrés tandis que d’autres sont en voie d’exécution. Ce qui est à la portée du pays dès lors où le savoir-faire existe.
A propos des mesures d’économie des ressources en eau, il reste encore beaucoup à faire. C’est par ailleurs impératif à partir du moment où l’on sait que les eaux distribuées en AEP repartent dans les réseaux d’assainissement à près de 80% en général. A titre indicatif, quand un million de mètres cubes d’eau potable est distribué, entre un 500 000 à 800 000 m3 vont à l’égout alors qu’elles sont peu usagées. En clair, les volumes qui sont rejetés sont très importants. Or, quand ces eaux arrivent en station d’épuration ou STEP, le rendement épuratoire peut être intéressant. A partir de cette donne, le pays aurait tout à gagner dans la multiplication du nombre de STEP quant à celles en fonction elles sont appelées à être modernisées. Ce qui permettrait de récupérer de gros volumes d’eau qui seront consacrés aux besoins de l’industrie, au lavage et enfin à la recharge des nappes phréatiques.
Dernier volet et néanmoins à prendre au sérieux, les volumes d’eau gaspillés dépassent tout entendement et devant lesquels on ne peut rester indifférent depuis que le pays est classé zone aride. C’est pourquoi il faudra mener une lutte sans relâche contre le phénomène avec comme fer de lance des campagnes de sensibilisation en continu et à grande échelle. De plus, prévenir le gaspillage d’eau par l’entremise d’équipements, qui doivent être disponibles et adaptés à ce genre de tâche.