Le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) Dr Mohamed Yousfi a dénoncé, hier, le fait que la copie de la mouture de la révision du statut des spécialistes de la santé publique, envoyée au gouvernement, n’a jamais été validée par les partenaires sociaux, ainsi que le fait que le ministre de la Santé a rompu tout dialogue avec le syndicat et l’a exclu de toutes les discussions concernant la santé publique.

La déclaration du président du SNPSSP intervient au lendemain des annonces du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, à la presse lors de l’inauguration d’un nouveau centre anti-cancer pour enfants à Alger, affirmant qu’« en application de ce qui a été annoncé par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, les statuts du secteur devraient être élaborés avant la fin de l’année en cours».
Le ministre a également précisé que six statuts relatifs au secteur de la santé étaient fin prêts et quatre autres en cours d’élaboration, affirmant que ces textes seront présentés à la réunion du Gouvernement à la prochaine rentrée sociale.
Concernant le dossier du service civil, le ministre de la Santé a déclaré qu’« il est en cours d’examen après la création de pôles médicaux régionaux qui offrent des services aux citoyens dans les zones qui souffrent d’un manque de médecins, notamment de spécialistes », tout en soulignant l’impérative révision de la répartition des médecins spécialistes dans les différents établissements hospitaliers à travers le pays à partir de septembre prochain. Face à ses annonces du ministre de la Santé, Dr Mohamed Yousfi affirme que « cela fait des mois que nous avons dénoncé la révision des statuts particuliers que nous avons appris à travers un communiqué public sans aucune considération des partenaires sociaux qui devaient être informés par les canaux officiels existants. Ceci démontre la volonté du ministère de nous exclure et d’entériner la rupture de dialogue qui s’est installée depuis le début de cette année ».
Il ajoute à propos du dossier de la révision du statut particulier des médecins spécialistes : « Encore une fois, nous dénonçons et nous disons que nous n’avons jamais validé la copie envoyée au gouvernement. Pourtant nous avons, dans un geste de bonne volonté, répondu l’année passée à l’appel du ministère de la Santé, pour travailler avec la commission de dialogue malgré le manque de visibilité et de cadrage. Mais nous avons fait des efforts pour faire avancer les choses et présenter des réserves avant de valider la copie finale de la mouture de la révision des statuts particuliers. Mais depuis, le dialogue a été rompu unilatéralement du côté du ministère et on ne connaît pas les détails de la copie finale de cette mouture et si nos réserves ont été prises en considération ».
Le président du SNPSSP insiste encore une fois sur le fait que l’«on ne sait pas ce qui a été fait concernant le statut particulier des praticiens spécialistes de la santé publique et nous n’avons jamais validé ni donné notre accord sur la copie qui est au niveau de la Fonction publique ».
Il tient à rappeler que « les spécialistes de la santé publique ont le statut particulier le plus injuste et le plus pénalisant de la Fonction publique. Et cela fait près de 11 ans que les spécialistes attendent que leur statut soit amendé et depuis 20 ans que les mesures incitatives soient appliquées pour que le service civil disparaisse de lui-même ».
Dr Mohamed Yousfi déplore ainsi que plusieurs dossiers sont toujours au point mort que ce soit la révision du statut particulier, celui de la prime d’intéressement ou concernant la discrimination à l’imposition. A propos de la mesure annoncée par le ministre de la Santé concernant le service civil, Dr Mohamed Yousfi affirme que « c’est une mesures qui a déjà été annoncée en 2019. Mais il faut que l’on prenne conscience que ce ne sont pas les mesures incitatives pour lesquelles nous bataillons depuis 20 ans ». Il enchaîne que « la question qui se pose aujourd’hui où sont ces mesures incitatives pour lesquelles le Président de la République a donné des instructions au mois d’avril 2020 et réitéré son appel au mois de mai 2021 pour la mise en place de mesures incitatives qui doivent à terme et progressivement faire disparaître le service civil ? »

Rupture de dialogue

Par ailleurs, le président du SNPSSP a également dénoncé la rupture de dialogue avec le ministère de la Santé en déclarant que « la commission de dialogue a prouvé son inefficacité de l’aveu même du président de la commission. Au mois de décembre dernier, le ministre s’était engagé à revoir la composition de cette commission afin qu’elle soit plus efficace, mais rien n’a été fait à ce jour. Pire encore, il continue à la convoquer dans son entière composition sans la changer et sans qu’elle n’ait aucune prérogative dans des réunions qui ne servent à rien parce qu’aucun dossier n’a évolué concernant les professionnels de la santé publique ».
Il estime également que le SNPSSP a été exclu du dialogue parce qu’« on a émis notre avis argumenté sur la méthodologie sur les fameuses assises organisées par le ministère qui ont pourtant été boycottées par tous les syndicats de la santé publique ». Enchaînant que « le SNPSSP est exclu de tout dialogue et pire, puisque que cela s’est même étendu à des points techniques, comme la participation à des comités et des réunions d’experts ».
Dr Mohamed Yousfi a rappelé que le SNPSSP a lancé des appels au Premier ministre pour débloquer les dossiers qui sont en souffrance au niveau de ces services mais aussi des appels au Président de la République.
Le président du SNPSSP souligne que, face à la saignée des praticiens spécialistes qui quittent par milliers le secteur de la santé publique pour le secteur privé ou l’étranger, rien n’est fait pour juguler cette hémorragie importante des spécialistes. Bien au contraire, la situation s’est aggravée car les spécialistes sont actuellement mis de côté, pénalisés et tous leurs droits bafoués.