Par Sihem Bounabi
Le Syndicat national des médecins généralistes de la santé publique (SNMG / SP) a exprimé sa déception à la lecture de la mouture de la révision du statut particulier de la corporation et réclame un délai supplémentaire pour une révision en profondeur du statut particulier.
Le syndicat appelle à une «véritable» révision «du plan de carrière et des prérogatives des médecins généralistes afin de les revaloriser dans le système de santé algérien».
A ce sujet, Dr Abdelhalim Salah Laouar, président du SNMG/SP, souligne qu’après la récente réunion avec la commission de la révision des statuts particuliers du ministère de la Santé, où le syndicat a été invité à enrichir et à apporter des propositions au texte envoyé par la Fonction publique, «on s’est rendus compte, qu’en réalité, il n’y a pas du tout de grand changement dans l’amendement des statuts tels que nous le revendiquons depuis des années. Ce sont les mêmes problèmes qui perdurent», déplore-t-il. Il précise à ce sujet : «Certes, il y a eu un glissement catégoriel, mais ce glissement concerne tous les travailleurs de la Fonction publique, selon les instructions du président de la République avec l’objectif d’augmenter les salaires des travailleurs. Mais les problèmes spécifiques à la carrière des médecins généralistes n’ont pas été résolus.» Le président du SNMG révèle que dans la nouvelle mouture du statut particulier de la profession, le seul changement apporté concerne l’ajout du grade «médecin major», soulignant que «cela reste un grade purement honorifique et que plusieurs autres grades que nous avons proposés par le passé n’ont pas été pris en considération». A propos de la progression de carrière d’un médecin généraliste, il fait savoir que lorsqu’un médecin généraliste débute, il reste dans le grade de médecin généraliste pendant 7 ans. Il passe un concours pour accéder au poste de médecin principal avec la clause contraignante de «dans la limite des postes disponibles». Au bout d’une période de 5 à 10 ans, un médecin principal peut passer un concours lui permettant d’accéder au grade de médecin chef. Et encore une fois, il doit attendre encore 10 autres années pour prétendre au poste de médecin major. «Cela veut dire qu’il va atteindre le grade de médecin major au bout de 25 à 27 ans, un grade conditionné par la publication de deux articles dans une revue indexée, ce qui rend la tâche pratiquement irréalisable», explique le syndicaliste. Précisant que «même s’il arrive à réaliser cette condition, le grade de médecin major ne change rien à sa carrière puisqu’il n’ouvre droit à aucune rémunération. C’est juste un titre honorifique en plus d’être très difficile d’accès».
Dr Abdelhalim Salah Laouar se désole également de l’absence d’amendements concernant le grade de médecin principal. «Notre syndicat avait demandé de réduire l’accès à ce grade de 7 à 5 ans et d’augmenter le nombre de postes, sachant que certains médecins, faute de disponibilité de poste, ont dû patienter pendant près de 18 ans», a-t-il affirmé.
L’autre point de discorde par rapport à la nouvelle mouture des statuts particuliers, celui de la valorisation des compétences et l’élargissement des prérogatives. Le président du SNMG/SP précise à ce sujet que certaines tâches, telles que l’expertise et les analyses ne font plus partie des prérogatives des médecins généralistes, alors qu’elles existaient dans l’ancien statut, ce qui fait que le champ de compétence a été réduit.
Il ajoute qu’«il n’y a pas une prise en considération de tous les diplômes obtenus aux cours d’une carrière, tels que les CES où les compétences acquises dans le texte actuel. Cela risque fortement de démotiver les médecins quant à faire de la formation continue puisque cela n’ouvre droit à aucune rétribution ni valorisation de grade».
De même, il est aussi relevé que le nouveau texte ne fait nullement référence à la mise en place de la médecine générale en tant que spécialité, ni au post graduation spécialisé, ni à l’intégration des médecins référents, à la place du médecin hospitalier ou autres spécificités de post graduation comme les médecins urgentistes. «Ce qui fait que la carrière d’un médecin généraliste demeure enfermée dans un texte figé qui bloque la carrière des médecins jusqu’à leur départ à la retraite».
Suite à cet «amer» constat, Dr Abdelhamid Salah Laouar déclare : «Nous avons demandé un prolongement des délais pour la remise de la réponse du ministère de la Santé à la Fonction publique afin de mettre en place une commission avec des prérogatives réelles et des compétences requises pour une révision en profondeur des statuts.»
Il tient également à mettre en exergue l’importance «de travailler ce texte en fonction de la réglementation qui existe mais en fonction aussi des revendications légitimes des professionnels de la santé, tout en respectant les délais du président de la République pour la promulgation des nouveaux textes au plus tard le 31 décembre prochain».
Pour cela le SNMG/SP réclame que «le médecin généraliste soit classé dans un corps à part afin de créer des grades en fonction de notre corps. On pourra ainsi intégrer les compétences et les formations post graduation». Concluant que «l’objectif est un changement en profondeur de l’évolution de carrière avec une évolution par le savoir, la compétence et la formation et non pas une évolution de carrière administrative». <