La réunion gouvernement – walis a été sanctionnée par une série de recommandations annonciatrices d’une réforme en matière de gestion des collectivités locales, à commencer par le plus haut sommet au niveau de la wilaya. Le corps des walis, appelé à avoir un rôle central dans le développement local, sera doté d’un «Statut» permettant de renforcer sa place au sein de l’arsenal juridique et réglementaire de l’Etat.

PAR INES DALI
C’est un «impératif», compte tenu de «la complexité des missions qui lui sont confiées, notamment à la lumière des défis liés aux objectifs stratégiques devant être relevés». Un Statut du wali est donc la première recommandation émise par le premier atelier tenu sous le thème «le wali, pilier du processus de développement économique local», lors de cette réunion tenue samedi et dimanche à Alger.
Il s’agit également de réorganiser «les services extérieures de l’Etat placés sous la responsabilité du wali et de les adapter au service des missions économiques des autorités publiques», ont recommandé les participants à cet atelier, qui appellent au «renforcement des missions de planification dans les prérogatives du wali pour réaliser les objectifs de développement programmés sur les court, moyen et long termes». Ce qui ne peut être réalisé qu’en le dotant d’outils de gestion publique modernes reposant sur la planification stratégique, la prospection, le suivi et l’évaluation.
«Le renforcement et l’élargissement du rôle décisionnel du wali en matière de planification et de mise en œuvre des programmes pour concrétiser la décentralisation de la prise de décisions en matière de mise en œuvre des programmes d’investissement public», est l’autre recommandation, outre la consécration du rôle du wali en matière de développement économique local dans le cadre de la révision du Code de la wilaya.
Les ressources humaines, base de tout développement, ne sont pas en reste. D’où l’impératif de leur accorder «un intérêt particulier, à travers la création de mécanismes d’incitation aux cadres relevant de l’administration générale de la wilaya, en permettant au wali de recourir aux expériences et aux compétences à travers la simplification des procédures contractuelles», est-il souligné, mettant l’accent sur l’adoption des mécanismes modernes de gestion des wilayas reposant sur la numérisation.

Promouvoir l’investissement local
Les participants au deuxième atelier intitulé «un cadre juridique rénové pour redynamiser les investissements : quel rôle pour les collectivités locales ?», ont recommandé la mise en place, au niveau de chaque wilaya, d’une base de données devant être mise à la disposition des investisseurs et des porteurs des projets, et ce, à travers l’élaboration d’«une feuille de route définissant les indicateurs socioéconomiques, les capacités et les opportunités offertes».
L’accélération de l’activation du guichet unique de wilaya en le dotant des moyens matériels et humains nécessaires, et le renforcement de ses prérogatives pour conférer davantage d’efficience au traitement des dossiers sur l’investissement est vivement recommandée, ainsi que la mise en œuvre des autres dispositifs en charge de l’investissement. «La révision des différentes lois et textes réglementaires relatifs au traitement des dossiers d’investissement et leur adaptation aux nouveaux cadres juridiques relatifs à la délivrance des actes de propriété et l’étude de l’impact sur l’environnement ainsi que l’étude des risques et l’examen des permis tout en facilitant les procédures administratives relatives à l’investissement», est préconisée pour encourager l’acte d’investir.
Les ressources humaines se sont également invitées à cet atelier qui préconise, en outre, la mise en place d’un cadre de «partenariat entre les collectivités locales (communes et wilayas) et les universités en vue d’asseoir les règles de développement économique et bénéficier des capacités scientifiques afin d’encourager l’innovation et l’entrepreneuriat, notamment chez les jeunes».
Outre le recours aux systèmes intelligents dans la numérisation des procédures administratives relatives à la gestion de l’investissement, les recommandations ont, par ailleurs, porté sur la nécessité de jeter les ponts entre les communes, les wilayas et les opérateurs économiques.
Le troisième atelier intitulé «les réformes des finances et de la fiscalité locale pour un développement durable» a mis l’accent sur «l’impératif, dans le contexte économique actuel, de repenser le système de solidarité entre les collectivités locales, en revisitant la gestion de la Caisse de solidarité et de garantie des collectivités locales (CSGCL), tout en l’adaptant à la stratégie du gouvernement liée à la priorisation du développement dans certaines régions à promouvoir».

Renforcer l’attractivité et favoriser la décentralisation
Est également recommandée «la création d’une commission locale, composée de représentants de la direction générale du domaine national (DGDN), de la direction des impôts et des services communaux» qui devra proposer «des procédures pratiques permettant de régulariser les actes des biens communaux et les enregistrer au Rôle général du domaine national».
La digitalisation devra aussi faire son entrée pour «moderniser la gestion des biens à travers l’utilisation d’applications électroniques», outre l’élaboration d’un «diagnostic régional participatif pour renforcer l’attractivité des régions et favoriser la décentralisation». Parmi les autres recommandations, les participants ont appelé à «la mise en service de la nouvelle nomenclature des activités financières et comptables des communes, qui date de 1971», ou encore «la révision et l’actualisation du guide des transactions financières et comptables du budget de la wilaya». Toutes ces recommandations, une fois mises en application, devraient donner un nouveau souffle au développement local et fixer, autant que faire se peut, les populations en quête d’une vie décente. Pour ce faire, les walis sont appelés à «suivre les projets d’investissement sur le terrain selon une approche participative, en vue de remédier aux dysfonctionnements existants», a affirmé le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, plus tôt dans la journée de dimanche, en visitant les trois ateliers. «Le wali a trois principaux rôles à jouer», a-t-il dit.
Le premier est «l’accompagnement des investisseurs et la facilitation de toutes les procédures dans le cadre de la nouvelle approche participative, qui repose sur l’écoute des élus locaux, des députés et des représentants de la société civile, dans l’objectif de s’enquérir des véritables besoins en matière d’investissement pour la wilaya». Le second rôle du wali consiste en «la promotion des potentialités que recèle sa wilaya», selon le Premier ministre, qui a cité l’exemple du tourisme thermal dans au moins dix wilayas, tout en soulignant que l’investissement ne se limite pas au secteur de l’industrie.
Le troisième rôle du wali repose sur «le suivi sur le terrain des projets d’investissement», à savoir leur «mise en œuvre dans les délais impartis et dans le cadre de la structure financière convenue, tout en veillant à créer de l’emploi et de la richesse qui génère des ressources supplémentaires pour les collectivités locales». <