Les sports urbains seront à l’honneur aux Jeux de Paris 2024. En décembre 2021, la commission exécutive du Comité international olympique (CIO) a validé la présence d’une discipline additionnelle au skateboard, l’escalade et le surf qui figuraient déjà aux Jeux de Tokyo 2020.

Il s’agit du breakdance ou du breaking qui fera son entrée olympique dans deux ans en France. Mais qui représentera l’Algérie ? En janvier 2020, le Comité olympique et sportif algérien (COA) avait annoncé le lancement de la discipline avec le skateboard. Mais, depuis, plus aucune nouvelle de l’initiative annoncée il y a déjà plus de vingt-six mois, ni d’annonce par le ministère de la Jeunesse et des Sports sur ses intentions à développer ou non la discipline.
« Il n’y a pas assez de compétitions dans le domaine et celles qui existent sont encore dans l’amateurisme quand ce n’est pas l’anonymat», signale un bon observateur du monde sportif algérien. Il ajoute : « La tendance est aux sports et aux disciplines qui rapportent cash, les autres sont délaissées faute d’organisation sérieuse et de rétribution. Pour beaucoup de talents du breakdance par exemple (Bboys pour les garçons, Bgirls pour les filles), l’alternative reste l’évènementiel socioculturel saisonnier, des opérations de marketing commerciales organisées par les milieux d’entreprise quand ce ne sont pas les rassemblements de quartiers et les réseaux sociaux où ils s’éclatent mais sans perspective de progrès ».
Pas de breakdancers algériens aux Olympiades de Paris, alors ? La décision n’est apparemment pas tranchée. Les talents, eux, existent, tout comme leur public comme on l’a vu lors des Jeux Méditerranées d’Oran 2022 à l’occasion du programme des activités de l’Institut culturel français d’Algérie (IFA). Comme d’autres acteurs internationaux du champ culturel en Algérie, l’IFA a organisé une série de rencontres au travers desquelles elle s’est toutefois distinguée en rassemblant sur le parking de l’hôtel Méridien sur une surface de 500 m2 plusieurs breakdancers.
Ces danseurs au sol comme on pourrait les appeler se sont affrontés et se sont distingués dans des « battles » dans un site qui a attiré une foule des grands jours. « C’était noir de monde », se souvient la directrice générale de l’IFA Ahlem Gharbi. 10 000 personnes ont suivi l’évènement dans sa globalité pendant quatre jours, ont relevé des observateurs des activités qui ont été organisées en marge des Jeux. « Le but, au départ, était d’organiser des rencontres dans des disciplines urbaines comme le basket 3×3, le BMX, le skateboard et d’autres dans un contexte général tourné vers la thématique de la Méditerranée comme lieu privilégié de partage et de dialogue culturels et comme opportunité d’aborder par des conférences et des actions sur le terrain des sujets comme le sport et la mer, le sport et l’environnement, le sport, l’éducation, le fair-play, la citoyenneté, le sport et le vivre en ville . Très vite, on avait vu que, malgré l’audience réalisée avec ces thèmes et ces rencontres, le breakdance captait davantage le public avec lequel une fusion s’est créée ».
« On a vu à Oran des artistes qui veulent s’exprimer par leurs performances, qui veulent partager leur passion en Algérie et à l’étranger. On a vu un public intéressé et motivé à défendre ces artistes. Le tout représente un vivier à valoriser », ajoutera Mme Gharbi qui estime qu’il y a là une opportunité à la coopération par « la formation et le rapprochement des acteurs institutionnels et associatifs » du domaine. « On ne sait pas si l’Algérie engagera des breakdancers aux olympiades de Paris, mais c’est une discipline pour laquelle il y a possibilité de travailler ensemble à valoriser ses talents », poursuit-elle. Les parties algérienne et française étant engagées dans un partenariat sportif structurant à travers leurs ministères des sports respectifs autour du rendez-vous de 2024, il est possible, explique cette responsable, de travailler « à la demande algérienne » à la valorisation de ces performeurs d’autant qu’il s’agit d’athlètes et d’artistes qui ne demandent pas de moyens importants et qui comptent davantage sur leurs aptitudes physiques et créatrices, souligne-t-elle.
« Dans le breakdance, il y a du sport, de la performance athlétique, mais il y aussi de la création gestuelle, de l’esthétique corporelle, de la chorégraphie, en un mot de la culture », ce qui permet aussi, indique-t-elle, d’organiser hors compétitions sportives des échanges « hors les murs » de l’IFA et des structures culturelles algériennes pour la promotion de cette discipline et des autres sports urbains. A suivre, donc.