La production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses partenaires (Opep+) n’augmentera pas de sitôt, et la réduction de deux millions de barils par jour, décidée par l’alliance, restera en vigueur tant que la configuration du marché imposera ce type de conduite.

Par Feriel Nourine
C’est ce qu’a indiqué hier le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, réfutant l’existence de discussions en cours sur une révision de l’accord conclu le 5 octobre dernier. «Il n’y a pas de discussions en cours sur une révision de l’accord du 5 octobre dernier. Les décisions de l’Opep+ sont prises en toute transparence lors des réunions et à l’unanimité de ses membres», a rappelé M. Arkab, non sans souligner que «les spéculations sur d’improbables révisions des niveaux de production de l’Opep+ sont de nature à perturber le fonctionnement normal des marchés pétroliers», a souligné le ministre.
Des spéculations que s’est chargé de mettre sous presse Wall Street Journal à travers une information publiée dans son édition de lundi, selon laquelle les pays de l’Opep+ s’apprêtaient à relever leur offre dès leur prochaine réunion, prévue le 4 décembre.
L’article du journal américain a d’ailleurs provoqué une réaction immédiate du ministre saoudien de l’Energie, Abdel Aziz ben Salmane, via un démenti on ne peut plus clair, doublé d’une confirmation de la démarche adoptée par l’alliance à l’égard d’un marché frappé du syndrome d’instabilité.
En plus d’évoquer «une hausse allant jusqu’à 500 000 barils par jour», le Wall Strett journal attribue ce projet à l’Arabie saoudite, en sa qualité de chef de file de l’Opep, et à d’autres membres de l’organisation.
Il ne fallait pas plus pour provoquer une réaction immédiate du ministre saoudien du secteur. Ce dernier a «démenti catégoriquement» l’information du Wall Street Journal.
«Il est bien connu, et ce n’est un secret pour personne, que l’Opep+ ne discute d’aucune décision avant ses réunions», a rappelé Abdel Aziz ben Salmane, réitérant la position de son pays et de l’ensemble des membres de l’Opep+ vis-à-vis des dernières coupes qu’ils ont décidé d’opérer et qu’ils comptent maintenir jusqu’à la fin de l’année prochaine.
«La réduction actuelle de 2 millions de barils par jour par l’Opep+ reste en vigueur jusqu’à fin 2023», a-t-il insisté. Plus, l’Emir saoudien a même laissé la porte ouverte à de nouvelles réductions en cas de nécessité. «S’il est nécessaire de prendre des mesures comme réduire la production pour équilibrer l’offre et la demande, nous sommes toujours prêts à intervenir», a-t-il soutenu.
La démarche du journal américain semble s’inscrire dans la stratégie des Etats-Unis à faire jouer la spéculation pour influer sur la prochaine réunion des 23 pays de l’Opep+ et obtenir une augmentation de leur production., après la décision prise par l’alliance, début octobre dernier, de sabrer ses quotas de production en réaction à un marché en méforme sur le registre des prix.
Ce qui n’avait pas manqué de provoquer le courroux des Etats-Unis et de refroidir les relations entre les partenaires saoudien et américain.
C’est donc visiblement un retour aux traditionnelles manœuvres d’avant la réunion de l’Opep+ qu’est en train d’opérer Washington, de sorte à tâter l’ambiance chez les pays producteurs, et à leur tête le géant saoudien, qui n’est plus cet allié sur lequel la Maison-Blanche pouvait compter pour participer à l’orientation du marché de l’or noir.
Après avoir reculé, lundi, sous l’effet de «l’information» rapporté par le Wall Street Journal, se situant à leur plus bas depuis janvier dernier, les prix du pétrole reprenaient du poil de la bête hier.
Le démenti de l’Opep+ semble avoir eu l’effet attendu, et les deux références de brut européenne et américaine ont repris des couleurs dans un marché qui reste, toutefois, toujours plombé par la situation sanitaire en Chine.
Dans la matinée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier 2023 grappillait 0,42% à 87,82 dollars, alors que le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison le même mois, dont c’était le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, prenait 0,41% à 80,37 dollars.

Demande mondiale : des analystes abaissent leurs prévisions
Face à la conjoncture sanitaire qui prévaut actuellement en Chine, obligeant les autorités du premier importateur mondial de brut à renforcer les restrictions dans plusieurs métropoles, la demande est vouée à la baisse, prévoient des analystes, dont ceux de Goldman Sachs. «Nous revoyons à la baisse notre prévision de demande de 1,2 million de barils par jour (bpj) au quatrième trimestre», ont déclaré ces derniers, cités par Reuters. Ils restent toutefois confiants pour une réouverture de la Chine au deuxième trimestre 2023.
Dans le même ordre d’idées, Sun Jianan, analyste du cabinet de conseil Energy Aspects, a révisé en baisse de 200 000 bpj le niveau attendu de la demande de pétrole en novembre et décembre.
«La demande restera faible en glissement annuel au premier trimestre 2023 avant d’augmenter à 15 millions de bpj au deuxième trimestre, lorsque le pays commencera, selon nous à se rouvrir, en levant lentement la plupart des restrictions de circulation dès avril», a-t-il déclaré.
De leur côté, les analystes de Nomura ont indiqué que, selon leurs estimations, des régions représentant près de 20% du produit intérieur brut du pays sont soumises à une forme de confinement ou de restrictions, contre 15,6% la semaine dernière, non loin du pic d’avril lors du confinement très strict à Shanghaï. <