Pour lutter contre la spéculation, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a ordonné, lors du Conseil des ministres tenu dimanche dernier, la révision du code pénal pour l’adapter à la nouvelle conception de l’échelle des peines renforcées, lesquelles peuvent aller jusqu’à 30 ans de prison. De quoi refroidir plus d’un, tenté par des opérations d’achats massifs en vue de revente spéculative.

Par Bouzid Chalabi
Première directive dans le cadre de ladite lutte, le chef de l’Etat a enjoint au ministre du Commerce de sensibiliser les commerçants et la société civile sur la loi sur la lutte contre la spéculation et de la présenter aux citoyens via les médias pour faire la distinction entre le stockage organisé à des fins commerciales et le stockage visant à créer la pénurie ou engendrer une hausse des prix. Dans ce cadre, il est demandé au ministre du Commerce Kamel Rezig de mettre en exergue l’importance du rôle responsable de la société civile et des médias dans la lutte contre les pratiques commerciales déloyales. Et d’encourager, en outre, la rationalisation de la consommation pour lutter contre les parasites et ceux qui tentent d’augmenter les prix pour susciter le chaos et semer le désespoir. Notons toutefois que bien avant les résolutions prises lors du Conseil des ministres, le département du commerce n’a pas attendu pour passer à l’action, voire même de passer à la vitesse supérieure, pour contrecarrer toute tentative de manœuvre spéculative sur les produits de large consommation. Ce faisant, les opérateurs économiques, dont les fellahs et les commerçants, qui disposent d’espaces de froid et de hangars de stockage, ont été sommés de procéder à leur signalement immédiat aux directions de wilaya du commerce, est-il indiqué dans une note interne, adressée aux directions du commerce de wilaya et dont Reporters détient une copie. Autrement dit, les opérateurs économiques activant dans le domaine de l’approvisionnement ou du stockage des produits alimentaires, notamment les légumes et fruits, sont sommés de procéder aux déclarations des chambres froides dont ils disposent et les espaces de stockage, «faute de quoi, des sanctions sévères seront appliquées à l’encontre des contrevenants», est-il mentionné dans ladite note interne. Il est aussi exigé aux directions du commerce que tous les espaces ressemblant à des hangars ou à des chambres froides, en activités ou pas, exerçant dans le commerce ou autres, doivent impérativement faire l’objet d’une déclaration ou d’un signalement auprès des services compétents. C’est en quelque sorte une inspection au peigne fin qui va être menée sur le terrain et qui aboutira certainement à des résultats, un moyen efficace pour dénicher les opérations spéculatives. On apprend de cette même source que parallèlement à cette démarche, des sorties d’inspection seront organisées conjointement entre les services du commerce et ceux des services de sécurité, afin de procéder aux vérifications des espaces jugés suspects. On lit en outre que les espaces signalés ou déclarés par leurs propriétaires devront faire l’objet de visites d’inspection de la part des équipes de terrain des directions du commerce. Il y a lieu de signaler que les services mixtes, notamment ceux des services de sécurité conjointement avec les inspections du commerce, ont procédé, durant les semaines écoulées, à des saisies de produits alimentaires, dont des stocks importants de pommes de terre allant jusqu’à plus de 1 200 quintaux pour une seule saisie. Les interventions des équipes du commerce ont eu lieu dans plusieurs wilayas du pays, dont Aïn Defla, Mila, Mascara.
Notons enfin que le ministre du Commerce Kamel Rezig a déclaré sur sa page Facebook avoir saisi les walis concernant l’éradication des marchés hebdomadaires. Une option qui tient à cœur au ministre arguant que «c’est une mesure à même de réguler le marché des produits animal et végétal de première nécessité et, par ricochet, une stabilité sur les prix pratiqués au niveau des marchés de gros et ceux hebdomadaires». Une mesure qui risque, si elle venait à être mise en œuvre, d‘engendrer des dommages collatéraux si l’on tient compte que les marchés hebdomadaires sont la seule source de revenus pour des centaines de citoyens. n