Selon le chef de l’Andi, hier, les investissements allemands en Algérie depuis cinq ans ont atteint les 220 millions de dollars. C’est peu ! Et cela confirme que l’investisseur allemand reste encore en retrait par rapport aux opportunités d’affaires dans notre pays.

La raison ? On peut l’expliquer en commençant d’abord par lever le mythe du partenariat traditionnel algéro-allemand tant vanté sous nos cieux et qui n’a jamais existé dans la réalité.
Certes, l’Algérie a, dans le passé, beaucoup acheté de l’équipement, de la technologie et de la coopération humaine auprès des deux Allemagnes avant la réunification, une collaboration qui a laissé des traces dans l’imaginaire de nos hauts fonctionnaires et nos ingénieurs déjà partis à la retraite ou sur le point de le faire. Mais celle-ci n’a jamais donné jour aux échanges intenses ni semblables dont on donne le récit à chaque fois qu’un ministre ou un chef d’entreprise allemand passe une journée ou deux chez nous.
Avec l’ex-RFA par exemple, selon des chiffres disponibles et vérifiables, les exportations algériennes en 1979 étaient à un peu plus de 3 millions de marks, derrière celles de la Libye, du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Nos importations de l’ex-Allemagne de l’Ouest n’ont pas dépassé durant la même année les 2,5 millions de marks : des chiffres insignifiants, donc, pour des échanges quasi anecdotiques, qui s’expliquent par la prudence qui a marqué pendant longtemps la politique africaine de Bonn, une circonspection qui s’est traduite par le fait que les Etats africains n’ont eu pendant une longue période, qu’une importance marginale aux yeux des opérateurs et des chefs d’entreprise allemands, nuancée par quelques exceptions pour certaines filières industrielles.
Il ne s’agit pas, ici, d’un retour sur une histoire oubliée et qui n’intéresse plus grand monde, surtout pas les gens du business, mais pour dire que, dans le cas de l’Algérie, la prudence des milieux d’affaires allemands (qui sont désormais très présents sur les marchés africains), n’a pas encore totalement disparu, loin de là. Elle est encouragée par ce qui est perçu à Berlin et dans toute l’Europe comme de l’instabilité et l’insécurité juridique des affaires, ce qui a poussé l’Etat algérien à commencer à revoir la fameuse règle 51/49…
Dans le cas allemand en particulier, cette prudence – on ne s’en aperçoit pas très bien malheureusement – est nourrie aussi par la relation médiocre et de méfiance qu’entretiennent nos gouvernements successifs avec les fondations, qui sont un réel vecteur d’influence en Allemagne et donc de lobbying. Les plus connues sont la Friedrich Ebert Stiftung, proche du SPD, et la Friedrich Naumann Stiftung, proche du FDP. Avec la première, les rapports demeurent cordiaux mais en-deça des objectifs qui ont présidé à son installation à Alger au début de la décennie 2000. La deuxième a préféré suspendre ses activités et fermer ses bureaux pour des raisons qu’on dit en relation avec l’adoption de la loi « contraignante » de 2012 sur les associations.
Après, il y a la barrière linguistique et culturelle, que s’empresse de casser une organisation comme la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie, AHK, en multipliant les contacts entre les communautés d’affaires des deux pays à travers les salons, les colloques et les séjours guidés dans des centres industriels en Allemagne. Que s’affaire à briser le patron de Sovac dans son projet de construction d’automobiles avec Volkswagen dans la région de Relizane pour un montant de 170 millions d’euros.
Un projet nouveau par sa taille et son enjeu, un projet test aussi, qui peut inciter à revoir autrement et positivement le lien économique actuel de l’Allemagne avec l’Algérie.