Les crédits destinés à l’investissement aux véritables opérateurs économiques. Les banques exhortées à accélérer le traitement des dossiers déposés.

Par Bouzid Chalabi
Après le diagnostic sans appel sur la situation de notre industrie nationale fait par le chef de l’Etat, lors de son discours à l’ouverture, samedi dernier, de la Conférence sur la relance de l’industrie nationale, c’était au tour hier, au terme des ateliers, du Premier ministre et ministre des Finances Aïmene Benabderrahmane d’intervenir. Annonçant en substance «le changement de la politique de soutien de l’Etat à l’investissement pour la consacrer uniquement aux porteurs de projets qui le méritent». Une décision qui tire sa raison, selon le Premier ministre, par le constat suivant : «Dix milliards de dollars ont été octroyés en 2018 et 2019 au titre des incitations et facilitations aux investisseurs pour créer de la richesse et de l’emploi mais qui, au final, sans contrepartie», a-t-il déploré. Toujours au registre des constats amers, le chef de l’Exécutif a confié d’un ton grave : «Des centaines de périmètres de terrain, concédés au titre du foncier industriel, depuis des années, sont restées en leur état initial, car octroyées à des investisseurs fictifs. Du coup, il fallait bien mettre fin à cette situation en récupérant toutes les parcelles inexploitées pour les redistribuer aux opérateurs dans l’attente de bénéficier un terrain pour mener à terme leurs projets d’investissement, très souvent, d’une grande valeur ajoutée au pays.» Notons que le Premier ministre a fourni dans le détail le nombre exact de dossiers relatifs à la demande d’octroi de crédits à l’investissement et à l’exploitation durant les années 2019 et 2020 et, à fin septembre 2021, le nombre de dossiers avalisés. Des chiffres éloquents qui démontrent tout le soutien consenti par l’Etat aux opérateurs économiques nationaux. Revenant sur les nouvelles orientations de l’Etat en matière de soutien à l’investissement, il a expliqué qu’«elles visent à exclure les rentiers et surtout à privilégier les véritables investisseurs».

Fort coût de la dépense fiscale
Le Premier ministre a, par ailleurs, soulevé la problématique de la dépense fiscale qui, selon lui, coûte à l’Etat des montants colossaux annuellement, jugeant qu’elle doit être compensée par la création de richesse et d’emplois, non sans «fustiger le faible rendement de cette dépense de ces dernières années». Toujours dans ce même registre, le Premier ministre a fait remarquer que le rendement économique et social de la dépense fiscale devrait être un critère pour mesurer l’efficience et l’efficacité. Poursuivant dans ce sens, il précise que la création de richesse et de postes d’emploi «doit être à la hauteur des avantages et exonérations fiscales consentis par l’Etat». Benabderrahmane a cité, à titre d’exemple, les niveaux de la dépense fiscale qui «ont atteint plus de 1 500 milliards de DA, en 2018 et 2019, seulement, soit près de 10 milliards de dollars».
Concernant les crédits destinés à l’investissement, le Premier argentier du pays a invité les banques publiques et privées à augmenter leur niveau et à assurer un suivi permanent des projets financés au lieu de se focaliser sur le financement des importations, mettant en avant le rôle primordial des établissements bancaires dans le développement économique. Comme il a exhorté toutes les banques à réduire la durée d’étude des dossiers de financement qui ne devraient pas dépasser «un mois après la réception de la demande», soulignant par là même l’impératif de créer un climat propice de rétablir la confiance entre les investisseurs et le citoyen, en général.
A propos de la nouvelle loi sur l’investissement, Aïmene Benabderrahmane a indiqué, en fin d’intervention, qu’elle était en cours d’élaboration. Et d’avancer qu’il est prévu des mesures à même de permettre aux entreprises d’évoluer dans un environnement sain.
Ajoutant que des nouvelles mesures vont être mises en place et consister à «réunir les conditions de développement d’une entreprise sans distinction de son appartenance au secteur public ou privé afin de les encourager dans leurs activités respectives». Concernant les investissements directs étrangers (IDE), le Premier ministre a affirmé que le nouveau texte œuvrera à encourager l’investisseur étranger à la production locale et à l’exportation de ses produits à partir de l’Algérie, notamment à travers l’exploitation des accords de libre-échange conclus. <

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Mohamed Amokrane Nouad, expert en diversification industrielle : «Mettre fin à la discrimination dans l’octroi de crédit»
«Certes, l’installation d’une agence nationale du foncier industriel, qui va fonctionner par l’entremise de la numérisation, est une très bonne chose car elle lève une contrainte majeure dans l’acte d’investir, mais il reste le volet finance de l’investissement à revoir. Et pour preuve, des dysfonctionnements criants pénalisent fortement les porteurs de projets.
Pis encore, une discrimination entre investisseurs s’est intronisée dans la pratique d’octroi de crédit à l’investissement. En clair, les banques octroient des crédits facilement à certains qui pourraient s’en passer alors qu’elles le refusent à d’autres, alors qu’il est indispensable pour mener à terme leur projet. C’est pour dire qu’il va falloir mettre fin à cette pratique tendancieuse si l’on veut garantir la relance de notre économie.»

Nabil Djemâa, expert et consultant : «Tout va se jouer sur nos capacités à intégrer les nouvelles technologies»
«Pour éliminer tous les blocages, le meilleur moyen est de vulgariser le guichet automatique. Un outil des plus efficaces en matière de délai de traitement des dossiers de demande de financement de projets.
C’est d’autant plus primordial, quand on sait que la base de l’économie, c’est le financement des activités et des projets. En clair, si nous voulons opérer une révolution dans notre industrie, il faut passer aux nanotechnologies, c’est-à-dire passer tous azimuts vers le numérique et l’intelligence artificielle. Tout cela exige la contribution de nos jeunes diplômés universitaires, seuls à même de faire usage de l’intelligence artificielle.
Je regrette d’ailleurs l’absence à ces ateliers des jeunes détenteurs de projet pour tout au moins donner leur avis sur les conditions de relance. Je déplore également les taxes (à l’importation) élevées sur les outils informatiques, alors que sous d’autres cieux elles sont très réduites.»

Adel Bensaci, président du Conseil national consultatif pour PME : «Des objectifs ambitieux, mais…»
«Les débats d’aujourd’hui sont passionnés et passionnants, mais, à la fin, il va falloir faire un travail de filtrage si l’on veut élaborer un plan d’action efficace. Certes, c’est toute la difficulté sachant que les objectifs escomptés sont ambitieux. Sur ce dernier point, il est impératif que la contribution du secteur industriel au PIB, qui est actuellement de 5%, passe dans un proche avenir à au moins 10%. C’est d’autant plus à notre portée que nous sommes un marché porteur de croissance. Pour preuve, il n’y a qu’à se référer aux volumes de nos importations annuelles en besoins de consommation du pays. Il faut dire que la relance de l’industrie devient une réalité de terrain qui, par voie de conséquence, va faire baisser notre facture d’importation. Nous pourrons nous consacrer tout de suite après au volet exportation. Dans ce domaine d’activité, nous avons de sérieux atouts à mettre à profit. C’est pour dire enfin que, s’il y a relance économique, cela va se traduire par de nombreux impacts positifs pour le pays.»