S’il est encore prématuré de procéder à une évaluation rationnelle, quant à l’efficience des mesures de prévention prises devant une crise sanitaire toujours en cours, les cris de détresse lancés par les médecins, faisant part d’un corps médical usé et surtout de l’incapacité des établissements de la santé publique de recevoir de nouveaux contaminés, nous renseignent pas moins sur une situation plus qu’inquiétante.

Ils sont, en effet, de plus en plus récurrents les messages lancés par des médecins et des infirmiers mettant en garde sur l’indisponibilité des lits dans les hôpitaux mis à rude épreuve par la tendance haussière des cas de contamination, notamment durant le mois du Ramadhan où de nombreux citoyens ont fait preuve d’un relâchement et d’une insouciance incompréhensibles.
Cette insouciance, qui s’exprime à travers la non-adhésion aux mesures de prévention édictées par les autorités sanitaires, constitue manifestement le facteur essentiel qui fait que l’épidémie se propage et fait de nouvelles victimes. Ce comportement, individuel ou collectif, est à l’évidence en parfait contraste avec les efforts déployés jour et nuit, et ce, depuis plus de deux mois, par un corps médical en première ligne d’un combat qu’il n’est plus aisé à supporter, alertent les médecins, sans le concours des citoyens.
«Certains parmi nos concitoyens ne nous aident pas vraiment», a déploré Dr Nabila Yazidi, maître assistante, travaillant au sein du service de médecine interne du CHU Beni Messous, dans un message live adressé aux citoyens sur le site Esseha.com. «Le service où je travaille est toujours plein de malades atteints de la Covid-19. Certains sortent complètement guéris, tandis que d’autres font des complications surtout quand ils sont en déchoquage et, il y a, malheureusement, des décès. On reçoit toujours des malades atteints de la Covid et c’est la responsabilité de tout le monde, de tous les Algériens», fait-elle remarquer. «Nous n’arrivons pas à décrocher la courbe du Covid à cause de certains de nos concitoyens qui ne nous aident pas vraiment», regrette le médecin qui sollicite l’adhésion des citoyens aux mesures de prévention. «Certains médecins ne voient même pas leurs enfants et leurs familles, ils sont confinés parce qu’ils travaillent au sein des unités Covid. Il faut donc les aider en restant chez vous et en respectant les règles sanitaires», a-t-elle recommandé.
Un autre médecin exerçant dans la wilaya de Béjaïa a alerté, lui aussi, sur les réseaux sociaux, de l’indisponibilité pour les deux établissements de santé publique Khelil-Amrane et Frantz-Fanon de la capitale des Hammadides à trouver des lits libres pour les potentiels nouveaux contaminés à la Covid-19. «Nous ne pouvons plus, à partir d’aujourd’hui, garantir un lit aux futurs malades contaminés à la Covid-19», a-t-il annoncé, invitant les citoyens à faire preuve de prévention. Il s’agit, à l’évidence, d’un échantillon qui atteste d’une situation sanitaire qui peine à enregistrer des points positifs significatifs en dépit de l’engagement des médecins et des autres catégories du corps médical.
Cette difficulté à enclencher une décroissance des cas de contamination semble inciter les hautes autorités à renforcer les mesures de prévention, une option que traduit l’instruction du président de la République, lors de sa réunion lundi avec les membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie Covid-19. Ce dernier a, en effet, instruit d’examiner «des mesures complémentaires au confinement sanitaire, à l’occasion de l’Aïd El Fitr, tant en ce qui concerne la durée horaire du confinement que la garantie des masques, les déplacements entre wilayas et les visites des cimetières».<