Si l’on se réfère au calendrier, c’est aujourd’hui 1er septembre 2020 que la zone de libre-échange Algérie-Union européenne devrait entrer en vigueur, soit trois années après l’échéance fixée initialement pour cette opération.

Mais la pandémie de Covid-19 a eu raison de cet événement qui devrait attendre son heure, après un premier report décidé en 2012, et deux années de négociations, à la demande de l’Algérie qui voulait prendre le temps nécessaire pour faire face au démantèlement tarifaire de l’Accord d’association signé en 2005, visant à instaurer graduellement cet espace commercial avec l’UE.
Or, depuis 2005, les bilans des échanges commerciaux entre les deux parties se succèdent dans une tendance immuable qui fait sortir régulièrement un déséquilibre flagrant qui pèse négativement sur la balance commerciale du pays. D’où les remises en cause et les appels à la reconsidération de l’accord qui caractérisent quasiment chacune de rencontres entre des responsables algériens et ceux du partenaire européen. Cette réévaluation a d’ailleurs été remise sur la table par l’Algérie à l’approche de la date du 1er septembre, sur fond d’une situation financière du pays qui s’est encore détériorée depuis 2017, rendant l’entame du démantèlement tarifaire encore plus difficile à soutenir par l’économie nationale.
Lourdement impactée économiquement par la Covid-19 et la crise pétrolière, l’Algérie a donc demandé, il y a une vingtaine de jours, à revoir l’accord avec l’UE concernant la création de cette zone qui a fait couler beaucoup d’encre et susciter des polémiques. En ce sens, Abdelmadjid Tebboune a demandé au ministre du Commerce Kamel Rezig de « procéder à une évaluation (…) du dossier sur l’accord d’association avec l’Union européenne (UE) qui doit faire l’objet d’une attention particulière, faisant valoir nos intérêts pour des relations équilibrées ».
Le premier responsable du pays a donné ces instructions alors que l’approche de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange Algérie-UE a relancé de plus belles les critiques émanant de dirigeants, d’économistes et de patrons algériens, qui ne cessent de pointer du doigt ce déficit commercial négatif que subit l’Algérie à travers ses transactions avec l’UE. Celles-ci, réalisées dans le cadre de l’Accord d’association, « ont maintenu, durant des années, l’économie nationale dans un état de dépendance et de consommation continues de tout ce qui est importé », déplorait le ministre du Commerce, Kamel Rezig, en février dernier, quelques jours seulement après son arrivée à ce poste.
Selon le président de l’Association nationale des exportateurs algériens, Ali Bey Nasri, l’Algérie a importé pour 283 milliards de dollars (240 milliards d’euros) de biens depuis l’UE entre 2005 et 2017. Le montant de ses exportations, quant à lui, n’a atteint que 12 milliards de dollars, essentiellement des dérivés du pétrole, pour la même période. Bey Nasri a ainsi estimé que la ZLE sera « un désastre pour l’économie nationale ».
En plus du déséquilibre commercial qui nuit à son économie, l’Algérie met en cause le non-respect par la partie européenne du chapitre de l’accord relatif aux transferts de technologies et à la circulation des personnes. Elle demande, en outre, à l’UE d’inciter les entreprises européennes à venir investir en Algérie. n