Le Groenland n’en finit plus de subir les affres du réchauffement climatique. Etouffée par une vague de chaleur déclinée en température plus hautes de dix degrés que les normales saisonnières, l’immense île vient de perdre une nouvelle partie de sa masse de glace.

Synthèse Feriel Nourine
Depuis mercredi dernier, sa calotte glacière qui recouvre le vaste territoire arctique a fondu d’environ 8 milliards de tonnes chaque jour, soit le double du rythme moyen lors de la période estivale, selon les données du Polar Portal, un outil de modélisation géré par des instituts de recherche danois.
C’est la troisième plus grande perte de glace en un jour depuis 1950. Les deux autres tristes records datent de 2012 et 2019.
Les températures inhabituelles enregistrées (+20 degrés) sont carrément portées à des records au niveau local, à l’exemple des 23,4 degrés affichés par le mercure jeudi sur le petit aéroport de Nerlerit Inaat, dans le nord-est du Groenland, dépassant ainsi la température maximale enregistrée au Danemark le même jour. Cette vague de chaleur, qui a également touché une grande partie de l’immense territoire arctique, s’est traduite par un rythme accéléré de fonte de la calotte glaciaire. Selon plusieurs scientifiques, cette glace pourrait recouvrir de 5 centimètres d’eau l’ensemble de la surface de l’État de Floride. La fonte de l’Arctique serait à l’origine d’environ 25 % de l’élévation du niveau de la mer observée au cours des dernières décennies. Elle a d’ailleurs dépassé le point de non-retour, la rendant inéluctable.
Le record de fonte quotidien au Groenland, qui date de l’été 2019, n’a pas été battu, mais la partie du territoire groenlandais où la glace a fondu est plus grande qu’il y a deux ans, a précisé le site de surveillance arctique.
Avec une surface de près de 1,8 million de kilomètres carrés, le Groenland est recouvert de la plus grande calotte glaciaire après l’Antarctique, et le réchauffement auquel fait face l’Arctique est trois fois plus rapide qu’ailleurs dans le monde. Ce qui provoque de fortes inquiétudes chez les scientifiques. Son recul entamé il y a plusieurs décennies s’accélère depuis 1990 et ne cesse de s’emballer.
Selon une étude européenne publiée en janvier, la fonte de la calotte groenlandaise devrait contribuer à l’élévation générale du niveau des océans à hauteur de 10 à 18 centimètres d’ici 2100, soit 60% plus vite que la précédente estimation.
La calotte groenlandaise contient au total de quoi élever les océans de 6 à 7 mètres.
Du fait d’un début d’été relativement frais avec des chutes de neige et de pluie, le recul de la calotte en 2021 est pour l’heure encore dans la moyenne historique, selon Polar Portal. La période de fonte s’étend de juin à début septembre.
Réchauffement climatique et craintes
Autre mauvaise nouvelle pour la planète terre, la réticence des Etats à soumettre leurs engagements climatiques. En effet, parmi les quelque 200 signataires de l’Accord de Paris de 2015, seulement un peu plus de la moitié l’ont fait.
La responsable climat de l’ONU Patricia Espinosa s’est est d’ailleurs inquiétée hier, , appelant également à « renforcer » l’ambition des plans déposés.
En vertu de cet accord qui vise à maintenir le réchauffement « bien en deçà » de +2°C, si possible +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, chacun des quelque 200 signataires devait déposer avant fin 2020 une version révisée de ses engagements en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, appelés « contribution déterminée au niveau national » (NDC).
En raison de la pandémie de Covid-19 et du report d’un an de la conférence climat COP26 de Glasgow, à novembre 2021, de nombreux gouvernements avaient fait savoir qu’ils ne respecteraient pas les délais. Seulement 75 pays, dont très peu de gros émetteurs hormis l’UE, avaient effectivement déposé leur nouvelle NDC au 1er janvier 2021.
L’ONU avait fixé une nouvelle date limite au 30 juillet, pour que les engagements puissent être pris en compte dans l’évaluation globale qui doit être publiée avant la COP26, réunion cruciale pour l’avenir de la planète.
Mais vendredi, 110 pays seulement avaient déposé leurs engagements révisés: une « comparaison favorable» par rapport à janvier, mais « c’est encore loin d’être satisfaisant, puisque seulement un peu plus de la moitié des Parties (54%) ont respecté le délai butoir », a déclaré Patricia Espinosa dans un communiqué.
« Le niveau d’ambition reflété dans ces plans d’action nationaux pour le climat doit également être renforcé », a-t-elle insisté.
La première évaluation des 75 engagements révisés publiée en février « montrait que les efforts collectifs sont loin d’être à la hauteur »: « j’espère sincèrement que l’estimation révisée des efforts collectifs révélera une image plus positive », a encore déclaré la responsable onusienne.
« Les vagues de chaleur extrêmes, les sécheresses et les inondations qui ont eu lieu récemment dans le monde entier sont un signal d’alarme qui montre qu’il faut faire beaucoup plus, et beaucoup plus vite, pour modifier notre trajectoire actuelle. Cet objectif ne peut être atteint que par des NDC plus ambitieuses », a-t-elle martelé. n