«Ramadhan en classe, c’est plutôt la sieste à partir de midi !» Cette formule d’un parent d’élève, qui se souvient de ses jeunes années scolaires, fait largement sourire, elle ne reste pas moins exagérée pour le passé. Pour le présent, elle s’avère franchement incorrecte. Car, pour ce Ramadan 2021, les cours prennent fin justement à l’heure où l’envie du roupillon et l’effet du jeûne se font sentir le plus. Selon le calendrier aménagé par l’Education nationale pour ce mois particulier, les classes seront ouvertes à 8H30 et fermées à 14H30 et à 15H30 pour les établissements soumis à la double vacation en raison des restrictions liées à la lutte anti-Covid.

Par Selma Allane
En sus de cet aménagement, le ministère a pris la décision d’alléger le programme scolaire journalier en faisant le choix de supprimer chaque jour un cours parmi ceux prévus durant le reste de l’année pédagogique. Dans un communiqué publié le 4 avril 2021, il a précisé que la suppression quotidienne de ce cours concerne six matières, à savoir la langue arabe, la langue amazighe, le français, l’anglais ainsi que les mathématiques.
Seront maintenues les sciences physiques et naturelles, l’histoire, la géographie, l’éducation islamique et l’éducation civique. En ce qui concerne le cycle secondaire, le nombre de cours prévus pour chaque matière est fixé en fonction de chaque niveau et filière. Mais, en résumé, la charge horaire habituelle va être réduite durant ce mois de Ramadan, alors que l’année scolaire dans son ensemble a été, elle aussi, raccourcie.
Les dates des examens ont toutes été ramenées au mois de mai prochain. Le 24 mars 2021, le ministère de l’Education nationale faisait savoir que les épreuves du deuxième semestre pour la cinquième année du cycle primaire débuteront le 16 mai prochain. Les dates d’examen pour les première, deuxième, troisième et quatrième années ont été fixées au 23 mai 2021, a-t-il indiqué également. Pour ce qui concerne le cycle moyen, les examens auront lieu à partir du 25 mai prochain pour la quatrième année et le 30 mai pour les première, deuxième et troisième années. Dans le cycle du secondaire, les examens pour les classes de terminale débuteront le 23 mai et le 30 du même mois pour les classes de première année (seconde) et deuxième année (première).
Quand on sait qu’il faut tenir compte des grèves, des absences et des congés de maladie des professeurs et que le Ramadan s’achève vers la mi-mai, on se rend compte du temps pédagogique – très court en vérité – qui reste aux enseignants pour boucler leurs programmes. D’autant plus que le ministère de l’Education nationale a opté, pour le respect des règles sanitaires et des restrictions liées à la lutte anti-Covid, pour un calendrier pédagogique de deux semestres au lieu de trois. Dès lors, on comprend le sentiment d’inquiétude exprimé hier par des enseignants et des syndicalistes du secteur qui, dans des déclarations à l’APS, ont dit leur «appréhension» quant à la possibilité d’assurer pleinement l’ensemble des cours prévus dans le programme de cette année pédagogique 2020-21.
Ainsi, le chargé de communication du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire (Cnapest) a estimé que le plan exceptionnel adopté dans les trois cycles de l’enseignement, en raison de la conjoncture sanitaire, «n’est pas à même de permettre l’achèvement du programme scolaire ou l’avancement dans les cours lors du 2e semestre, d’autant plus que le ministère a procédé, à travers ce plan, à la diminution du volume horaire des matières enseignées». Messaoud Boudiba a affirmé que la diminution du volume horaire a induit une pression «terrible» pour les enseignants, tant pour le respect de la durée de la matière que pour la préparation des cours.
Il s’agit d’une «situation exceptionnelle» qui n’a pas permis aux élèves d’assimiler l’ensemble des connaissances prodiguées en classe, a-t-il dit. D’où le recul, selon lui, des résultats du premier semestre. «L’enjeu ne se pose pas tant en termes d’achèvement du programme, mais en qualité du travail à fournir dans l’enseignement des concepts essentiels de manière à sauver l’année scolaire et continuer le 2e semestre à un rythme serein, loin du bourrage qui met l’élève dans un état de pressions nouvelles», a-t-il ajouté.
Le Coordinateur national du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaires et technique (Snapest), Meziane Meriane, affirme, lui, que le travail par système de rotation et la diminution du volume horaire des leçons dispensées au titre du plan exceptionnel adopté actuellement «ne permettent pas d’achever le programme scolaire». Les tutelles concernées n’ont pas bien étudié le déroulement de l’année scolaire dans le cadre des nouvelles mesures d’adaptation.
Pour sa part, le Conseil des lycées d’Alger (CLA) plaide pour «le maintien du système des vacations à 20 élèves et à la réduction du nombre des séances confiées aux enseignants, sachant qu’elles peuvent s’élever à 36 dans certaines matières». Il juge «modestes» les résultats du premier semestre, en raison de la longue interruption des cours et du retard dans la rentrée en raison de conditions sanitaires, soulignant l’impact de l’adoption de la moyenne de 9/20 pour le passage du cycle moyen au secondaire.
Le ton rassurant de l’Education nationale
Pour rassurer le corps enseignant, les élèves et les parents d’élèves, le Secrétaire général du ministère de l’Education nationale, Boubakeur Seddik Bouâzza, s’est récemment montré confiant : «Je ne pense pas qu’il y a un problème en ce qui concerne les apprentissages restants, car tout a été étudié», a-t-il assuré, citant les propos du ministre Mohamed Ouadjaout. Les sujets des examens «porteront sur les cours donnés en classe».
Le Secrétaire général a fait état de «l’élaboration, pour la première fois cette année, des guides de méthodologie et de mécanismes de mise en œuvre des plans exceptionnels pour accompagner les professeurs dans l’application optimale de ces programmes et curricula». Des sections ont été supprimées des unités d’enseignement et certains apprentissages modifiés de manière à permettre d’assurer l’équilibre entre les apprentissages à dispenser aux élèves et le temps d’enseignement restant, a-t-il rappelé
M. Bouazza a également précisé que le plan adopté prévoit l’organisation d’un seul devoir écrit et surveillé dans chaque matière à chacun des deux semestres, tandis que l’inspecteur général de l’Education au ministère, Mustapha Benzemrane, a assuré que les programmes scolaires se déroulaient «normalement», à l’exception d’un «léger retard» pour certains groupes éducatifs, dans le cycle secondaire, au niveau de certaines wilayas». Il s’agit d’un retard de trois à quatre semaines dans les matières d’histoire et géographie pour le cycle secondaire, ayant concerné quelque 100 établissements sur un total de 2 566 lycées à l’échelle nationale, soit un taux de 4%».
Le taux d’avancement des cours pour le génie des procédures est «le plus bas» avec un retard de 0,08 pour la filière technique mathématique, soit deux établissements sur un total de 2 566 à l’échelle nationale», a fait savoir M. Benzemrane, précisant que «ce retard a été pris en charge par les enseignants sous la supervision des inspecteurs». Ce responsable a souligné, en outre, que «l’opération est toujours en cours pour rattraper le retard, à travers une adaptation pédagogique, au cas par cas, en faveur des groupes concernés, l’intensification des visites et l’accompagnement pédagogique». Pour les cycles primaire et moyen, il a assuré que «les retards ne dépassent pas les deux semaines» pour l’ensemble des matières et établissements éducatifs concernés.
M. Benzemrane a expliqué ce retard dans les programmes par plusieurs facteurs «notamment les congés de maladies des enseignants affectés par la Covid-19 d’une durée de deux semaines, une période insuffisante pour faire appel à un enseignant vacataire et ce par les arrêts de cours enregistrés localement au niveau de certains établissements éducatifs».