Le marché pétrolier clôturait hier une semaine folle, avec des prix qui ont explosé au lendemain de l’attaque d’installations pétrolières saoudiennes avant de se calmer, mais conservant toutefois une belle poignée de dollars glanés par rapport aux dernières semaines ayant précédé l’épisode des attaques anti-saoudiennes.

En effet, en dépit, de la réhabilitation d’une partie des infrastructures endommagées par ces attaques, l’offre de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial d’or noir, reste nettement en deçà de sa production habituelle, et, pire, le rétablissement totale de cette production risque d’attendre encore plusieurs semaines pour se matérialiser réellement, même si Ryad tente de jouer la carte de l’assurance envers ses clients et annonce un retour à la normal de ses raffineries endommagées dans les brefs délais.
En évoluant de la sorte, la situation laisse systématiquement ouvertes les portes à un climat d’incertitude et d’inquiétude quant à l’offre en provenance du Moyen-Orient. Les prix restent ainsi soutenus, d’autant plus que la tension est en train de monter au Moyen-Orient, sur fond d’un possible affrontement militaire dans la région.
Dans cette logique, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre s’affichait dans la mi-journée d’hier 64,64 dollars sur le marché londonien, en hausse de 0,37% par rapport à la clôture de jeudi.
A New York, le baril américain de WTI pour octobre gagnait 0,64% à 58,50 dollars.
Pour certains analystes, cette évolution du marché est plutôt le signe d’une « stabilisation ». Ansi, après avoir marché un bond de 15% en début de semaine, la place pétrolière
« est schématiquement en train de se stabiliser », observent-ils.
Par ailleurs, « le risque d’une escalade du conflit avec de nouvelles attaques contre les installations pétrolières dans la région est relativement élevé », a estimé Eugen Weinberg, analyste pour Commerzbank.
Dans un entretien diffusé jeudi par la télévision américaine CNN, le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif a déclaré que les Etats-Unis ou l’Arabie saoudite déclencheraient « une guerre totale » s’ils leur venaient l’idée d’attaquer l’Iran, accusé par plusieurs pays d’être à l’origine de l’attaque. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, en tournée dans le Golfe, a cependant assuré que les Etats-Unis privilégiaient une « solution pacifique ».
De plus, « l’impact à long terme des attaques sur l’infrastructure pétrolière saoudienne est toujours difficile à juger car le pays va probablement minimiser les potentiels problèmes étant donné l’importance de ses relations commerciales et l’introduction en Bourse à venir d’Aramco », a ajouté
M. Weinberg.
Le pays souhaite en effet céder 5% de la compagnie nationale de pétrole, et espère les vendre au prix fort.
Mardi, le ministre saoudien de l’Energie s’est voulu rassurant sur la capacité de son pays à se remettre rapidement en affirmant que la production sera entièrement rétablie à la fin du mois. Un optimisme qui a fait chuter les cours.
Mais l’information parue jeudi, selon laquelle l’Arabie saoudite aurait contacté la compagnie pétrolière d’Etat iranienne pour lui demander près de 20 millions de barils de pétrole brut, a fait planer le doute sur la capacité du pays a rétablir sa production.
L’Arabie saoudite dévoile les dégâts
Hier, L’Arabie saoudite a décidé de dévoiler à la presse internationale l’étendue des dégâts sur ses installations pétrolières attaquées le 14 septembre, insistant sur sa détermination à rétablir rapidement sa production, en dépit de la montée des tensions dans la région.
L’installation de Khurais, dans l’est du royaume, a été frappée quatre fois et des incendies y ont fait rage cinq heures durant, a déclaré aux journalistes un responsable du géant pétrolier saoudien Aramco qui gère le site, ce qui a contribué à la réduction de moitié de la production du premier exportateur d’or noir.
Les reporters invités à inspecter les dégâts à Khurais ont constaté des scènes de destruction, avec des grues déployées au milieu de débris calcinés, après ces attaques revendiquées par les rebelles yéménites Houthis.
Les techniciens s’activaient à évaluer les importants dommages causés à un stabilisateur, une tour de métal servant à éliminer du pétrole le gaz dissous et de l’hydrogène sulfuré.
Au moment de l’attaque, « il y avait plus de 200 à 300 personnes à l’intérieur des installations », a déclaré Fahad Abdelkarim, l’un des directeurs d’Aramco. «Il y a eu quatre explosions» et plusieurs incendies ont ensuite fait rage, a ajouté M. Abdelkarim guidant les journalistes sur le site. « Personne n’a été blessé », a-t-il assuré.
Les dégâts matériels sont par contre considérables : de gros tuyaux en métal ont été déformés par l’impact des explosions et se trouvent éparpillés dans la zone visée.
Selon les autorités saoudiennes, pas moins de 18 drones et sept missiles de croisière ont été utilisés dans ces attaques. Malgré l’ampleur des dégâts, Aramco demeure optimiste quant à la reprise complète de sa production d’ici la fin du mois de septembre. « Une équipe d’urgence a été constituée pour réparer l’usine, relancer les activités et ramener (la production) à son niveau habituel », a souligné M.Abdelkarim.
« En moins de 24 heures, 30% de l’usine était opérationnel », a-t-il dit, affirmant que « la production sera au même niveau qu’avant l’attaque d’ici la fin du mois ». « Nous reviendrons plus forts », a-t-il promis.