Par Hamid Bellagha
Le curieux incident qui s’est produit dimanche sur une plage à Ténès, wilaya de Chlef, continue de faire plusieurs supputations, en l’absence de résultats probants d’analyses des eaux de mer. Ces dernières, et selon le wali, n’ont pas encore livré tous leurs secrets bien qu’il les «innocente» dans une déclaration à la presse, où il avance que «des analyses physico-chimiques ont montré que les eaux n’étaient pas polluées».
Il faut rappeler que dimanche, 178 personnes, dont des maîtres-nageurs de la Protection civile, ont été évacuées vers l’hôpital après une baignade sur place. Toutes ces personnes se plaignaient d’affections pulmonaires. «149 personnes ont eu des nausées, de la fièvre, des rougeurs aux yeux et ont été hospitalisées», déclare encore le wali de Chlef. Heureusement, leur pronostic vital n’est pas engagé et 45 ont pu quitter les structures de santé. Il a fallu réquisitionner deux services pour accueillir un grand nombre de malades.
Toutefois, et par mesure de précaution, 5 plages ont été fermées suite à ces hospitalisations de même que la station de dessalement, tandis que des enquêteurs, sous la conduite du procureur général du Tribunal de Chlef, s’activent à démêler l’écheveau de l’énigme de la plage de Ténès.
Un index accusateur, néanmoins, est pointé sur une pollution des eaux induite par un cargo transportant du bétail, battant pavillon tanzanien, récemment arrimé au port de Ténès, en provenance d’un port français.
Mais dans une contribution au journal électronique TSA, le professeur Réda Djebar, directeur de recherche au Laboratoire de biologie et physiologie des organismes à la faculté des sciences biologiques de l’université des sciences et de la technologie de Bab Ezzouar, opte plutôt pour une présence, dans l’eau de mer, d’une algue toxique, un «phénomène déjà observé à Mostaganem fin juillet 2009… et aussi au niveau des plages du nord de la Méditerranée, Catalogne (2004), Gênes (juillet 2005 et juillet 2006), Marseille (juillet 2006).
Dans sa contribution, il décrit des symptômes similaires à ceux constatés dimanche sur les malades de la plage de Chlef, fièvre, toux, écoulement nasal, troubles respiratoires, nausées, conjonctivite, démangeaisons et éruptions cutanées.
«Ces effets incommodants seraient causés par une cyanobactérie dénommée Ostreopsis ovata. Une algue microscopique unicellulaire (groupe des dinoflagellés) présente habituellement dans les eaux chaudes tropicales. Son mode de vie aquatique est benthique (proche des fonds) et épiphyte (elle se fixe notamment sur les algues au fond des eaux)», précisera encore le professeur Djebar.
Cette algue décrite produit une toxine, la palytoxine, qui peut envenimer par inhalation, quand les cellules sont cabrées dans les aérosols marins, ou par contamination alimentaire lorsque les fruits de mer et les poissons ingurgitent et empilent la toxine dans leurs tissus, saurons-nous encore en lisant la contribution du professeur.
«Ce problème devient chronique et pose de nouvelles contraintes aux autorités concernées afin de garantir la sécurité sanitaire des eaux de baignade et des produits de la mer. Rien à voir donc avec les rejets toxiques d’un bateau», conclut le professeur à Bab Ezzouar, tout en «invitant» les spécialistes à mener leurs recherches dans cette direction.
Le plus important est que les victimes de l’intoxication (?) ne redoutent pas une issue fatale à leur incident, en attendant que le mystère de la plage de Ténès puisse être totalement levé.