Le climat demeure tendu au Soudan après une semaine de colère populaire. Hier, les rues de la capitale demeuraient largement quadrillées par les forces de police tandis que les syndicats qui ont appelé à des rassemblements durant ces derniers jours n’entendent pas baisser les bras.

Avant-hier, vendredi, les forces de l’ordre se sont déployées pour empêcher les rassemblements auxquels avait appelé l’Association soudanaise des professionnels, après la prière du vendredi. Ils ont fait usage des gaz lacrymogènes.

Durant la même journée à Omdourman, des heurts ont éclaté et la police anti-émeutes a lancé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui sortaient de la mosquée et qui scandaient «Liberté, paix, justice». La veille, jeudi, le Service national du renseignement et de la sécurité avait procédé à de nombreuses arrestations, notamment de deux éditorialistes de renom, Fais al-Saleh et Korachi Awad. Faisal Mohamed Salih a été libéré hier samedi après deux jours de prison. Le célèbre éditorialiste soudanais qui a été arrêté à son bureau dans la capitale Khartoum, avait soutenu les manifestations contre le pouvoir soudanais. Il a expliqué à la même agence d’information qu’il a exprimé son avis sur les évènements qui perturbent actuellement le Soudan : «Je leur ai dit que je soutenais les manifestants dans la mesure où ils protestaient pacifiquement, mais que je ne faisais partie d’aucun groupe les organisant». Avant d’ajouter : «Les officiers voulaient connaître mes opinions, et après de nombreuses discussions, ils m’ont relâché à minuit ».
Faisal Salih est un journaliste expérimenté, connu pour être un ardent défenseur des droits de l’Homme et de la liberté de la presse dans son pays. Il est lauréat 2013 du prix Peter Mackler, du nom de l’ancien rédacteur en chef de l’AFP pour l’Amérique du Nord, qui récompense le courage et l’éthique dans le journalisme. Le Soudan vit un mouvement de protestation depuis le 19 décembre après une forte augmentation du prix du pain. Plusieurs villes souffrent de pénuries de pain et de carburant. En effet, le prix du pain est passé mi-décembre d’une livre soudanaise à trois. Depuis le début des protestations, plusieurs leaders de l’opposition, des militants et des journalistes ont été arrêtés par le tout puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS). Au moins 19 personnes ont été tuées depuis le début de la contestation, selon les autorités. Amnesty International a fait état de son côté de la mort de 37 manifestants et l’ONU a appelé à une enquête indépendante.
Les manifestations ont débuté dans plusieurs villes avant de s’étendre à la capitale Khartoum, pour dénoncer une hausse du prix du pain en plein marasme économique. Mais la contestation s’est vite transformée en un mouvement contre le régime d’Omar el-Béchir qui s’est emparé du pouvoir par un coup d’Etat en 1989. Amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, le pays est confronté à une inflation de près de 70% par an et à une grave crise monétaire. n