Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira, demain mercredi, pour un examen de la situation au Soudan et en perspective d’une médiatisation pour dénouer la grave crise politique qui secoue ce pays depuis plusieurs semaines, en particulier, depuis le coup de force de l’Armée, le 25 octobre 2021. Dans ce contexte, l’émissaire onusien Volker Perthes a, lors d’une conférence de presse à Khartoum hier lundi, annoncé le lancement de «discussions indirectes» avec les parties civile et militaire soudanaises pour tenter de trouver un terrain de rapprochement entre l’Armée et l’opposition.

Par Kahina Terki
Les discussions seront dans un premier temps des entretiens individuels entre l’ONU et des acteurs soudanais. Les pourparlers «visent à aider les Soudanais à parvenir à un accord sur une sortie de crise», a déclaré Volker Perthes. «Notre projet est de faciliter les pourparlers indirects entre toutes les parties», a ajouté le représentant onusien. «Il est temps de mettre fin à la violence et d’entrer dans un processus consultatif global.» «L’ONU ne viendra ni avec un projet ni un plan ni une vision pour une solution», a-t-il ajouté. «Il s’agit de problématiques soudanaises sur lesquelles les Soudanais doivent se mettre d’accord.» Sans donner un calendrier précis, M. Perthes a précisé que «des négociations directes ou indirectes pourraient intervenir dans une deuxième phase.
M. Perthes a souligné que les pourparlers facilités par les Nations unies ne sont que des «consultations», précisant que l’organisation «ne fera même pas de proposition sur le contenu des principales questions litigieuses». Les discussions devraient inclure des acteurs sociaux et politiques ainsi que des organisations de la société civile, des groupes armés et des organisations de femmes. L’annonce initiale de discussions, faite samedi par M. Perthes, a été accueillie avec peu d’enthousiasme par nombre de parties civiles. «Nous sommes prêts à participer aux pourparlers à condition que le but soit de reprendre la transition démocratique et de supprimer le régime du coup d’Etat, mais nous sommes contre si ces pourparlers cherchent à légitimer ce régime», a déclaré à l’AFP Gaafar Hassan, un porte-parole des Forces de la liberté et du changement, fer de lance de la révolte qui a entraîné l’éviction de Béchir en 2019.
Dimanche 9 janvier, l’Association des professionnels soudanais, au rôle déterminant dans les manifestations anti-Béchir, a déclaré, elle, qu’elle «rejetait complètement» de tels pourparlers. L’envoyé de l’ONU a noté qu’il n’y avait eu «aucune objection» de la part de l’institution militaire. Samedi 8 janvier, il avait indiqué que les discussions auraient pour objectif d’aider les parties soudanaises «à se mettre d’accord sur une issue à la crise politique actuelle et à s’accorder sur une voie durable vers la démocratie et la paix». Les Etats-Unis, le Royaume-Uni ainsi que les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite ou encore l’Egypte ont salué l’initiative.
Le Soudan est plongé dans une crise politique depuis le putsch mené par le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, ayant fait dérailler la transition vers un pouvoir entièrement civil débutée après la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019, au pouvoir durant trois décennies. La semaine dernière, le Premier ministre et visage civil de la transition, Abdallah Hamdok, a démissionné à l’issue d’une nouvelle journée de manifestations ayant fait trois morts. M. Hamdok avait pu reprendre ses fonctions le 21 novembre après avoir été limogé avec son gouvernement lors du coup d’Etat.
Depuis le putsch, il y a deux mois et demi, les manifestations organisées régulièrement par les Soudanais contre le pouvoir militaire sont l’objet d’une violente répression qui a fait depuis le 25 octobre au moins 63 morts, selon le dernier bilan du Comité des médecins soudanais, proche du mouvement de contestation. Dimanche 9 janvier, un manifestant a été tué par les forces de sécurité lors de nouveaux rassemblements de milliers de personnes contre l’armée au pouvoir, selon les médecins. Les autorités contestent régulièrement réprimer les manifestations -notamment à tirs à balles réelles- et ajoutent que de nombreux membres des forces de sécurité ont été blessés lors d’affrontements avec des protestataires.