Le Darfour renoue avec la violence. Des affrontements ont eu lieu dans cette partie occidentale du Soudan entre des tribus rivales. Le bilan provisoire annoncé par les agences de presse est de 48 morts et 97 blessés, le plus meurtrier depuis la fin officielle de la mission onusienne et panafricaine de paix, le 31 janvier dernier, et le début de son retrait progressif.

Selon l’agence officielle soudanaise Suna, qui cite la branche locale du syndicat des médecins, les affrontements ont éclaté entre la tribu Al-Massalit et les nomades dits arabes. Des milices armées favorables aux nomades dits arabes ont ensuite attaqué el-Geneina et plusieurs maisons ont été incendiées. D’après la même source, le Premier ministre Abdallah Hamdok a envoyé une délégation de « haut rang » au Darfour-Ouest pour tenter de rétablir l’ordre. La région connaît une recrudescence de heurts tribaux, qui ont fait 15 morts et des dizaines de blessés fin décembre, soit quelques jours avant la fin de la mission de paix conjointe de l’ONU et de l’Union africaine, une opération de 13 ans. Le retrait progressif des troupes de cette mission, censé commencer en janvier 2021, sera étalé sur six mois. Et le gouvernement soudanais prend ainsi la responsabilité de la protection des populations de la région. Le conflit au Darfour a débuté en 2003 entre forces loyales au régime du général Omar el-Béchir à Khartoum et membres de minorités ethniques s’estimant marginalisés et réclament une répartition plus équitable du pouvoir et des richesses. Les violences ont fait quelque 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, essentiellement durant les premières années, selon l’ONU. Pour lutter contre les insurgés, le pouvoir Béchir avait déployé les Janjawids, une milice armée composée essentiellement de nomades arabes, accusés de « nettoyage ethnique » et de viols. Des milliers de miliciens ont été par la suite incorporés dans les Forces de soutien rapides (RSF), un groupe paramilitaire. Si les violences ont baissé d’intensité, les affrontements sont assez fréquents au sujet de l’accès à la terre et à l’eau, opposant éleveurs nomades arabes et aux paysans darfouris. Le gouvernement soudanais de transition -mis en place après la chute de l’autocrate Omar el-Béchir en avril 2019 sous la pression d’une contestation populaire- a signé en octobre un accord de paix avec plusieurs groupes rebelles y compris au Darfour. Après la Minuad, qui a compté jusqu’à 16.000 hommes, l’ONU restera au Soudan via une Mission intégrée des Nations unies pour l’assistance à la transition au Soudan (Minuats). Cette mission politique aura comme tâche d’assister le gouvernement de transition, installé en août 2019 et issu d’un accord entre militaires et dirigeants du mouvement de contestation. Elle devra aussi aider à l’application des récents accords de paix dans les régions ravagées par les conflits. Omar el-Béchir, en prison, et d’autres responsables soudanais sont recherchés par la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes contre l’humanité » et « génocide » au Darfour. n