Depuis hier, dimanche, le Soudan s’est engagé concrètement dans la période de transition vers un pouvoir civil, qu’il espère apaisée, avec la désignation attendue des membres du Conseil souverain, au lendemain de l’accord historique signé par les dirigeants militaires et la contestation.
Avant-hier, samedi, la foule en liesse est sortie dans les rues de Khartoum après la signature par les généraux au pouvoir et les meneurs de la contestation d’un accord prévoyant une transition de 39 mois, qui doit être menée par un « Conseil souverain » composé de 11 membres, six civils et cinq militaires. La cérémonie de signature, qui a eu lieu dans la capitale en présence de nombreux dignitaires étrangers, a constitué le plus grand événement du genre à être organisé depuis des années, tranchant avec les années d’isolement du Soudan. De nombreux pays ont salué la signature de l’accord, considéré comme le point de départ d’un « nouveau Soudan », après 30 ans de pouvoir de Omar el-Béchir, détenu depuis sa destitution, en avril, par l’armée sous la pression de manifestations massives. D’après les documents signés samedi, plusieurs étapes précèderont les élections prévues en 2022. La première est la formation hier du Conseil souverain, qui sera d’abord dirigé pendant 21 mois par un général, puis par un civil pendant les 18 mois restants. Abdallah Hamdok, un ex-économiste de l’ONU, choisi dès jeudi par la contestation comme Premier ministre, devrait être officiellement désigné demain mardi par ce Conseil. Le gouvernement doit, lui, être formé le 28 août, avec 20 membres au maximum, pour permettre aux nouvelles institutions d’affronter les principaux défis du pays, en priorité la relance d’une économie en crise. Dans ce processus de transition qui commence, tout n’est pas encore tout à fait réglé pour les Soudanais qui ont payé un lourd tribut pour la démocratisation de leur pays, particulièrement ces derniers mois. Pour l’analyste soudanais Abdellatif al-Buni, cité par l’AFP, le plus grand risque dans l’immédiat pour la transition peut provenir des divisions au sein même de la contestation. «Un esprit de revanche contre l’ancien régime est dangereux» estime-t-il, «cela mènera vers un affrontement entre l’ancien régime et les nouveaux dirigeants».n