Des affrontements entre tribus rivales ont coûté hier lundi la vie à 47 personnes au Darfour, après des heurts similaires meurtriers dans un autre secteur de cette vaste région de l’ouest du Soudan minée par l’instabilité.

Cette recrudescence des violences meurtrières intervient un peu plus de deux semaines après la fin de la mission de paix conjointe de l’ONU et de l’Union Africaine (Minuad), une opération présente dans cette vaste région depuis 13 ans. Les nouveaux heurts ont eu lieu dans l’Etat du Darfour-Sud, où des hommes «de la tribu arabe des Rizeigat à bord de véhicules, de motos et de chameaux, ont lancé une attaque contre le village de Saadoun», fief de la tribu Fallata, a indiqué Mohamed Saleh, un chef de la tribu Fallata. «Les heurts (…) ont maintenant cessé», a-t-il ajouté, en faisant état de 47 morts. Plusieurs maisons ont été incendiées durant l’assaut, selon lui.
Aucune indication n’a été donnée dans l’immédiat sur les raisons de cette attaque. Les nouvelles violences sont survenues après qu’au moins 83 personnes ont été tuées en moins de 48 heures dans des heurts entre tribus dans l’Etat du Darfour-Ouest. Ces heurts avaient éclaté entre la tribu Al-Massalit et des nomades arabes après une dispute entre deux individus. Après le retrait progressif des troupes de la Minuad qui doit être étalé sur six mois à partir de janvier, le gouvernement soudanais doit prendre la responsabilité de la protection des populations de la région. Le conflit au Darfour avait débuté en 2003 entre forces loyales au régime du général Omar el-Béchir à Khartoum et des membres de minorités ethniques s’estimant marginalisées et réclamant une répartition plus équitable du pouvoir et des richesses. Les violences ont fait quelque 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, essentiellement durant les premières années du conflit, selon l’ONU.
«Profonde préoccupation»
Pour lutter contre les insurgés, le pouvoir Béchir avait déployé les Janjawids, une milice armée composée essentiellement de nomades arabes, accusés de «nettoyage ethnique» et de viols. Des milliers de miliciens ont été par la suite incorporés dans les Forces de soutien rapides (RSF), un groupe paramilitaire. Le gouvernement soudanais de transition -mis en place après la chute de l’autocrate Omar el-Béchir en avril 2019 causée par plusieurs mois de contestation populaire- a signé en octobre un accord de paix historiques avec plusieurs groupes rebelles, y compris au Darfour. Mais certains groupes rebelles du Darfour n’ont pas signé l’accord. Si les violences ont baissé d’intensité dans cette région, les affrontements restent fréquents concernant l’accès à la terre et à l’eau, opposant éleveurs nomades arabes et fermiers darfouris. Lundi, l’ONU a exprimé sa «profonde préoccupation» quant aux violences au Darfour. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres «demande aux autorités soudanaises de déployer tous les efforts pour parvenir à une désescalade de la situation, mettre un terme aux combats, restaurer l’ordre et la loi et assurer la protection des civils», selon son porte-parole. (AFP)