Dans un entretien au Financial Times, le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok a dénoncé les pressions de Washington en maintenant son pays sur la «liste noire» des pays soutenant le terrorisme. Il accuse les Etats-Unis de mettre en danger le processus de démocratisation en cours dans son pays.
Les sanctions américaines visant le Soudan depuis son inscription sur cette liste en août 1993 -car il a abrité le chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden de 1993 à 1996-«paralysent notre économie», a affirmé M. Hamdok dans les colonnes du journal publié hier dimanche. Il a prévenu qu’il n’y avait aucune garantie que la démocratisation en cours dans son pays perdure jusqu’aux élections prévues en 2022. Pour le Premier ministre soudanais, il est injuste de traiter le Soudan comme un Etat paria alors que l’expulsion de Ben Laden remonte à plus de vingt ans et que les Soudanais ont renversé en avril 2019 le régime d’Omar el-Béchir qui l’avait hébergé. *
«Les Soudanais n’ont jamais été des terroristes, c’était l’oeuvre de l’ancien régime», a-t-il insisté, mettant en garde contre le fait que «les transitions sont toujours désordonnées. Elles ne sont pas linéaires et ne vont pas toutes dans la même direction». Et d’ajouter: «le maintien du Soudan sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme met en péril la route vers la démocratie (…) Nous sommes isolés du monde», a-t-il souligné. «Nous enlever de la liste changera la donne».
M. Hamdok a écarté les rumeurs d’une éventuelle reconnaissance d’Israël par Khartoum en contrepartie du retrait de cette liste. «Nous voulons que ces sujets soient abordés séparément», a-t-il fait valoir. Il a estimé que l’accord de paix signé récemment avec des groupes de rebelles allait avoir un effet positif sur une économie à genoux. En particulier parce que la part des recettes consacrée par l’Etat aux opérations militaires va passer de 80% à «10 ou 15% du budget maintenant que le Soudan n’est plus dans une économie de guerre».
Il a par ailleurs indiqué avoir discuté avec la Cour pénale internationale de la possibilité de traduire l’ancien autocrate Béchir devant cette instance, évoquant la création d’un «tribunal hybride» au Soudan composé de magistrats de la CPI et de juges soudanais. Mais «la meilleure option serait de réformer le système judiciaire soudanais pour que la justice de son pays le juge», a-t-il relevé.
Le Soudan s’est engagé à livrer M. Béchir à la CPI afin qu’il soit jugé pour crimes de guerre et génocide dans le cadre du conflit au Darfour en 2003-2004, qui a fait 300.000 morts et des millions de déplacés. Il est jugé en ce moment à Khartoum pour le coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir en 1989. n