Le gouvernement soudanais a décrété l’état d’urgence économique pour circonscrire la chute vertigineuse de la livre soudanaise face au dollar et une inflation galopante. Depuis la mise en place il y a un an du gouvernement de transition après la chute de l’autocrate Omar al-Béchir, le billet vert est passé de 50 à 240 livres soudanaises au marché noir, ce qui a entrainé une hausse des prix considérable dans un pays qui dépend énormément des importations.
L’inflation a atteint en août 146% sur l’année glissante, selon le banque centrale soudanaise. «Le gouvernement a décidé de décréter un état d’urgence économique avec des mesures qui comprennent des lois dissuasives pour protéger l’économie et la création de tribunaux d’urgence», a déclaré lors d’une conférence de presse jeudi soir la ministre des Finances Heba Mohamed Ali. La ministre a imputé la baisse de la valeur de la monnaie soudanaise à «un sabotage de l’économie (…) par le biais de la spéculation sur l’or et de la contrebande». L’or est le premier poste d’exportation du Soudan qui produisait 93 tonnes en 2018 mais le pays est victime d’une contrebande massive sur ce métal précieux. Selon Mme Mohamed Ali, les tribunaux d’urgence permettront de juger les contrebandiers. Lors de la conférence de presse, le ministre de la Justice Nasreddine Abdelbari a annoncé de son côté un alourdissement des peines contre les changeurs au marché noir et les trafiquant d’or et d’autres produits. Ainsi, les contrebandiers verront leur peine passer de un mois à dix ans de prison. Pour sa part, le ministre de la Culture et de l’Information Fayçal Mohamed Saleh a dénoncé «une guerre déclarée contre la révolution et son gouvernement pour saboter l’économie», pointant du doigt les «saboteurs de l’ancien régime». Selon le FMI, les besoins financiers du pays s’élèvent à 13 milliards de dollars (environ 11 milliards d’euros) pour une période de cinq ans, afin de financer les réformes structurelles, dont 3 milliards (2,5 milliards d’euros) la première année. Le gouvernement chiffre quant à lui le besoin de financement de son plan d’urgence économique à 8 milliards de dollars (environ 6,7 milliards d’euros) pour la période de transition de trois ans. La chute de la monnaie soudanaise s’inscrit dans un contexte de profonde crise économique, accentuée par les sanctions américaines sur le Soudan inscrit sur la liste noire des pays soutenant le terrorisme.
Plus de 200 morts dans les inondations du Sénégal au Soudan Les inondations, provoquées par des pluies diluviennes, ont déjà fait plus de 200 morts et affectées plus d’un million de personnes du Sénégal au Soudan, selon des bilans officiels. «On a dénombré 760.000 personnes affectées par les inondations avec officiellement plus de 110 morts et les pluies ne sont pas terminées» dans 11 pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, a précisé vendredi à l’AFP Julie Belanger, la responsable du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, basé à Dakar. Ces chiffres s’ajoutent à ceux du Soudan, où 103 personnes sont mortes, selon la défense civile soudanaise, alors que 550.000 personnes sont affectées, selon l’Ocha à Khartoum. «On peut s’attendre à une année exceptionnelle qui dépassera les chiffres de 2019», s’inquiète Mme Belanger. «Si ça devenait beaucoup plus sérieux», le Fonds central des Nations unies pour la réponse aux urgences (FCIU) est prêt à donner «des fonds» pour faire face aux inondations. En 2019 le FCIU a débloqué 29 millions de dollars pour les pays touchés par les inondations qui avait affecté 1,1 million de personnes dans ces onze pays africains (hors Soudan), a-t-elle dit. Les inondations favorisent les maladies liées à l’eau : le choléra, le paludisme et la dengue. Parmi les pays les plus touchés figurent le Niger où 71 personnes sont mortes et 350.000 personnes affectées, selon le dernier bilan de la protection civile nigérienne civile vendredi. Le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini a lancé un appel pour «un appui» à son pays lors d’une réunion à Niamey avec les ONG internationale et diplomates étrangers. Selon Ocha, en plus de l’aide en cours pour les sinistrés, le Niger a besoin de «10 millions de dollars rien que pour l’assistance humanitaire». Le Sénégal où Dakar est touché a enregistré six décès. Au Tchad, près de 190.000 personnes étaient touchées. Au Nigeria, dans le seul Etat de Borno (Nord-est), 26.000 personnes sont affectées, selon l’Ocha. Le Cameroun, le Tchad et le Ghana sont aussi particulièrement touchés.