Depuis le 25 octobre 2021, le Soudan est en proie à une crise politique aigüe à l’origine d’un climat sécuritaire des plus tendus.

Synthèse Salim Benour
Jeudi, 16 juin, un manifestant a été tué dans une manifestation contre le régime militaire à Khartoum. Selon le comité central des médecins soudanais (non gouvernemental), qui a informé de la mort de ce manifestant, son décès «porte à 102 le nombre de personnes tuées à Omdourman dans la répression des manifestations contre le pouvoir militaire en place depuis le coup d’État perpétré le 25 octobre par le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan».
C’est dans ce contexte que l’ONU, l’Union africaine (UA) et l’organisation régionale est-africaine «IGAD» avaient lancé le 8 juin dernier un dialogue pour mettre fin à l’impasse politique au Soudan, mais l’initiative tripartite a été boycottée par les principaux blocs civils. Le processus devant remettre le pays sur la voie de la normalisation de ses institutions et de la démocratisation ne fonctionne pas comme il est souhaité.
L’UA a ainsi dénoncé des discussions «malhonnêtes et opaques». «L’Union africaine ne peut pas poursuivre ces discussions (…) qui écartent des participants ou les traitent de façon injuste», a expliqué mardi soir à des journalistes Mohammed Belaïche, ambassadeur de l’UA.
Mercredi, dénonçant des «interprétations erronées» de ces déclarations, la représentation de l’UA à Khartoum a précisé qu’elles ne signifiaient pas que l’UA «se retire de la troïka» qu’elle forme avec l’ONU et l’organisation régionale est-africaine Igad pour superviser ce dialogue. L’UA explique qu’elle refuse désormais de participer à certaines activités en raison de «l’opacité et du non-respect des participants» à ce dialogue lancé début juin et censé remettre le pays sur la voie de la démocratie. Les seuls à avoir répondu présent au dialogue intersoudanais sont les militaires et leurs alliés parmi les anciens rebelles ayant signé la paix avec Khartoum après la chute en 2019 du dictateur Omar el-Béchir.
Quelques rares civils ont aussi assisté à cette première rencontre, mais ni les Forces de la liberté et du changement (FLC), colonne vertébrale du gouvernement civil limogé lors du putsch, ni le parti Oumma, le plus ancien du pays, ni les Comités de résistance, qui animent les manifestations anti-putsch n’avaient accepté de participer. Ces pourparlers ont été reportés sine die notamment après que des diplomates américains ont tenté en vain d’intercéder auprès des civils.
L’UA a suspendu le Soudan depuis le coup d’Etat mené le 25 octobre 2021 par le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, qui ce jour-là a fait arrêter tous ses partenaires civils au pouvoir – libérés depuis. Depuis, le pays est dans l’impasse : sorti en 2019 de 30 ans de dictature militaro-islamiste de Béchir, il est de nouveau au ban des nations, privé d’aide internationale – 40% de son budget – et s’enfonce dans le marasme. n