Lundi dernier, le chef du Conseil souverain soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhane, a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans la ville ougandaise d’Entebbe. A cette occasion, le dirigeant israélien a dit avoir convenu avec M. Burhane « d’entamer une coopération qui normalisera les relations entre les deux pays ». Une déclaration qui n’a pas manqué de susciter un malaise au sein du gouvernement soudanais, dirigé par Abdallah Hamdok.
La rencontre avec M. Netanyahu était « une initiative individuelle » du général Burhane. « Le chef du Conseil souverain nous a dit (…) n’avoir pris aucun engagement et n’avoir pas parlé de normaliser les relations » avec Israël, a indiqué jeudi le porte-parole du gouvernement Faisal Mohamed Saleh lors d’une conférence de presse. « Il n’a fait aucune promesse de normaliser ou d’avoir des relations diplomatiques », a-t-il ajouté. Il a précisé par ailleurs que le gouvernement de transition avait un « mandat très limité ». « La question des relations avec Israël dépasse son mandat », a-t-il dit alors que l’armée soudanaise a apporté son soutien à la rencontre entre M. Netanyahu et le général Burhane. L’entretien, selon elle, avait été motivé par sa volonté de préserver « la sécurité nationale» du Soudan.
L’ancien Premier ministre soudanais Sadek al-Mahdi, renversé en 1989 par le coup d’Etat de M. Béchir, et qui soutenait la contestation, s’est prononcé jeudi contre cette réunion. « Nous rejetons cette réunion car elle va affecter de manière négative notre intérêt national », a affirmé M. Mahdi à des journalistes. « Nous fermons complètement la porte à une normalisation des relations avec Israël », a-t-il ajouté. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a qualifié la rencontre entre MM. Burhane et Netanyahu de « coup de couteau dans le dos du peuple palestinien ».
Le général Burhane est à la tête du Conseil souverain, un organe composé de civils et militaires chargé de superviser la transition du Soudan vers un régime civil. Il a été mis en place après la destitution du président Omar el-Béchir en avril 2019 par l’armée sous la pression d’un mouvement de contestation sans précédent.
Israël tente de resserrer ses liens avec des pays arabes qui lui étaient historiquement hostiles, notamment depuis l’annonce du plan du président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien, jugé trop favorable à Israël par les Palestiniens. Dans le même temps, le Soudan tente de convaincre Washington, allié sans réserve d’Israël, de l’enlever de sa liste des pays soutenant le terrorisme, dans l’espoir de faire revenir les investisseurs et sortir de la grave crise économique dans laquelle il est plongé.