Le Conseil militaire à la tête du Soudan et les leaders de la contestation ont signé hier samedi la «déclaration constitutionnelle » qui finalise un accord historique pour un transfert progressif du pouvoir aux civils, après des mois de protestations populaires. Cet accord devrait accélérer le retour de Khartoum dans le giron de l’Union africaine…

Le document de l’accord a été signé par Mohammed Hamdan Daglo, dit «Hemeidti», numéro deux du Conseil militaire, et Ahmed Al-Rabie, représentant de l’Alliance pour la Liberté et le Changement (ALC), fer de lance de la contestation, en présence de chefs d’Etats, de Premiers ministres et de dignitaires de plusieurs pays. MM. Daglo et Rabie étaient entourés des Premiers ministres égyptien et éthiopien, Moustafa Madbouli et Abiy Ahmed. 
La déclaration constitutionnelle signée par les deux parties complète une déclaration politique déjà signée le 17 juillet.
Toutes deux forment un accord global conclu début août qui prévoit l’établissement du «Conseil souverain », constitué de six civils et de cinq militaires.
Elle met fin à près de huit mois d’un mouvement de contestation inédit qui a mené le 11 avril à la chute du président Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir, avant de se retourner contre les généraux du Conseil militaire de transition ayant pris sa succession.
L’Ethiopie et l’Union africaine ont joué un rôle important de médiation entre les parties soudanaises, après la dispersion meurtrière d’un sit-in des manifestants début juin devant le QG de l’armée, où 120 personnes ont été tuées d’après un comité de médecins.
Après la signature de l’accord, hier samedi, les premières étapes de la transition devraient commencer par l’annonce aujourd’hui dimanche de la composition du Conseil souverain qui doit mener la transition. Jeudi dernier , l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), le fer de lance de la contestation, a désigné Abdallah Hamdok, un ex-économiste de l’ONU, pour devenir Premier ministre.
Le Conseil souverain doit annoncer mardi s’il le confirme à ce poste. M. Hamdok aura alors la lourde tâche de relever l’économie du pays qui s’est écroulée après que la sécession du Sud en 2011 l’a privée des trois quarts de ses réserves de pétrole. Inflation et pénuries ont été des moteurs de la contestation.
Des élections sont prévues pour 2022 mais beaucoup de Soudanais doutent d’ores et déjà des capacités des institutions de transition à limiter le pouvoir de l’élite militaire. Si ceux-ci sont minoritaires au sein des 11 membres du Conseil souverain qui doit gouverner 40 millions de Soudanais, celui-ci sera d’abord dirigé par un général pendant 21 mois. Et les ministres de l’Intérieur et de la Défense seront choisis par les militaires.
«Les dynamiques politiques auront plus d’importance que des bouts de papier», affirme pour l’AFP Rosalind Marsden, du groupe de réflexion Chatham House établi à Londres. «Le plus gros défi du gouvernement sera le démantèlement des (entités informelles) islamistes qui ont pris le contrôle de toutes les institutions de l’Etat et des secteurs clés de l’économie», ajoute-t-elle.

Groupes rebelles absents
La signature de la déclaration constitutionnelle devait être suivie de l’ouverture du procès de l’ex-président inculpé pour corruption mais celle-ci a été repoussée à une date indéterminée. Avant-hier, vendredi, Amnesty International a averti contre la possibilité pour M. Béchir d’échapper à un procès devant la Cour pénale internationale qui a émis contre lui deux mandats d’arrêt notamment pour « génocide » au Darfour. « Omar el-Béchir a échappé à la justice depuis bien trop longtemps et les victimes de crimes atroces attendent toujours réparation », a indiqué l’ONG. Au sein du mouvement de contestation, certains affirment que l’accord n’est pas suffisant pour contrecarrer le pouvoir des militaires et garantir que justice soit aussi faite pour les quelque 250 personnes qui sont mortes lors des manifestations selon un comité de médecins proche des protestataires. 
Les absents de la cérémonie de signature seront les groupes rebelles des régions marginalisées du Darfour, du Nil Bleu et du Kordofan. Le Front révolutionnaire soudanais, qui réunit ces groupes, a soutenu la contestation mais a rejeté la déclaration constitutionnelle de l’accord, exigeant de participer au gouvernement et davantage de garanties concernant le processus de paix les concernant.