Une semaine après le début de la tension diplomatique entre Paris et Alger, quarante-huit heures après les nouvelles déclarations jugées d’«apaisement» du président Macron, l’Algérie reste officiellement sur sa position de rappel de son ambassadeur, samedi 2 octobre, et de fermeture de son espace aérien aux appareils militaires français, dimanche 3 octobre.

Par Kahina Terki
La seule nouvelle réaction est venue du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra qui a, de nouveau, abordé la question sensible de la mémoire de la guerre et de la colonisation. A Bamako, où il était en déplacement avant son départ pour Rome, où se tient un sommet économique italo-africain, le chef de la diplomatie algérienne a déclaré au sujet des propos tenus sur l’Algérie par le chef de l’Etat français Emmanuel Macron, jeudi 25 septembre, que «nos partenaires étrangers ont besoin de décoloniser leurs propres histoires. Ils ont besoin de se libérer de certaines attitudes, de certains comportements, de certaines visions qui sont intrinsèquement liées à la logique incohérente portée par la prétendue mission civilisatrice de l’Occident». M. Lamamra a parlé également de ««faillite mémorielle» dans laquelle sont tombés un «certain nombre d’acteurs de la vie politique française» et qui poussent «les relations de la France officielle avec certains de nos pays dans des situations de crises malencontreuses».
M. Lamamra admet donc officiellement l’existence de «crise» entre Paris et Alger. Il la renvoie essentiellement aux questions d’Histoire et de mémoire et s’abstient de la lier aux enjeux politiques et géopolitiques considérables actuellement en jeu au Sahel et au Mali. Dans ce pays voisin, tout particulièrement, l’annonce par Paris d’un redéploiement de son dispositif militaire et sécuritaire (Barkhane), synonyme d’un désengagement d’une partie de ses forces opérationnelles, a fait apparaître de nouvelles données dont la plus inquiétante, aux yeux de la France comme des pays de l’UE impliqués avec l’ONU dans l’appui sécuritaire à Bamako, est la probable arrivée sur le terrain de la lutte contre les groupes armés au Mali de la société privée russe Wagner. Une «ligne rouge» pour Paris !
Que pense Alger de cette nouvelle donne, pour l’instant limitée à de supposés contacts entre le pouvoir de transition malien et la société russe ? Aucune indication ne permet de répondre sérieusement à cette question même si l’on sait que l’Algérie, d’un point de vue doctrinaire historique, rejette toute ingérence, politique ou militaire, dans les affaires d’un pays tiers. Elle se méfie davantage de toute intrusion d’acteurs militaires ou sécuritaires non conventionnels à l’image du groupe Wagner, par exemple. D’où l’insistance, semble-t-il, du chef de la diplomatie, M. Lamamra, sur un discours très cadré visant à rappeler au voisin malien que son pays ne faillira pas à son devoir de solidarité.
Reçu par le président Goïta en en sa qualité d’envoyé spécial du président de la République, Ramtane Lamamra a réitéré la «solidarité inconditionnelle de l’Algérie» et son «ferme engagement à soutenir le Mali notamment à la lumière des défis actuels, mue par son attachement à ses valeurs et principes de liberté». Il a également rappelé la position algérienne qui est de «poursuivre ses efforts à la tête du comité de suivi de l’application de l’accord de paix et de réconciliation pour accompagner les parties maliennes». «Le destin de l’Algérie et celui du Mali sont étroitement liés», a affirmé le ministre algérien. n