Par Khaled Remouche
L’année 2021 a été une bonne année pour Sonatrach. Les recettes tirées des exportations hydrocarbures ainsi que les volumes exportés ont augmenté durant l’année en cours par rapport à l’année dernière. Selon les derniers chiffres de la Banque d’Algérie, les recettes hydrocarbures ont atteint, à fin septembre 2021, 23,387 milliards de dollars contre 14,868 milliards de dollars à fin septembre 2020, soit une hausse de près de 10 milliards de dollars. Cette croissance des recettes est due à la fois à l’augmentation de la valeur du baril de pétrole et la croissance des volumes d’hydrocarbures exportés. La moyenne du baril de pétrole algérien est passée de 41,365 dollars à fin 2020 à 68,917 dollars à fin 2021, soit une hausse de 66,6%. Les volumes exportés ont crû, selon la Banque d’Algérie, de 20,9% durant les périodes considérées.
A ce rythme, la valeur des exportations d’hydrocarbures pourrait dépasser les 30 milliards de dollars en 2021, soit augmenter de plus de 10 milliards de dollars par rapport à l’année dernière : 20 milliards de dollars enregistrés en 2020. Sonatrach est restée ainsi la locomotive de l’économie nationale puisqu’elle a contribué de façon substantielle à la reprise de la croissance, en 2021, après la récession de 2020 due à la crise sanitaire. Cette croissance des recettes et de la production avait été anticipée par le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, lors de son message de fin d’année 2020 lorsqu’il avait écrit que sa compagnie enregistrera une croissance de sa production sous l’effet, en particulier, de la mise en service l’année en cours des gisements périphériques de Gassi Touil, Hassi Bir R’kiz et la montée en cadence de la production de Tinhert et l’achèvement du boosting de Hassi R’Mel pour la zone nord.

Un accord ferme en matière de partenariat dans l’amont
Bémol, l’investissement étranger n’était pas de la partie. Le fait majeur en matière de partenariat, qui reste un axe stratégique de son développement, a été la signature d’un seul accord ferme important. En effet, Sonatrach et ENI ont signé, le 15 décembre dernier, un accord d’exploration et de développement de périmètres à Berkine Sud. Un investissement projeté de 1,4 milliard de dollars. Le reste des arrangements sont des protocoles d’accords conclus avec Oxy, Total, Equinor, Sinopec, c’est-à-dire des accords préliminaires avant la conclusion d’accords fermes dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.
Au demeurant, si ces compagnies n’ont pas encore conclu de contrats fermes avec Sonatrach, c’est qu’elles attendaient la finalisation totale des textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures et plus de visibilité concernant le nouvel appel d’offres en matière d’exploration qui devrait être lancé consécutivement à la promulgation de tous les textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Attendons 2022 pour voir si la finalisation de la loi sur les hydrocarbures boostera les partenariats. L’autre quête de visibilité, est de savoir si les compagnies, qui exploitent en partenariat avec Sonatrach des gisements, peuvent bénéficier des avantages de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Tout cela explique le recul de l’investissement étranger en Algérie. Une tendance lourde enregistrée depuis plusieurs années, voire depuis 2010, exacerbée par les effets de la crise sanitaire.
Concernant les services pétroliers, le fait que Sonatrach encourage, dans sa nouvelle stratégie, le contenu local, induit moins de contrats pour les sociétés de services étrangères et donc moins d’incitations pour les nouveaux entrants sur le marché algérien des services. Ce qui est sûr, c’est que Sonatrach ne pourra indéfiniment investir seule dans l’exploration et le développement de gisements étant donné qu’une bonne partie des ressources en hydrocarbures disponibles sont plus difficiles à extraire dont le coût est plus élevé. A noter que début 2021, Sonatrach avait annoncé un plan de développement quinquennal nécessitant 40 milliards de dollars d’investissements, dont 51% en dinars. En 2022, il est donc quasiment certain que Sonatrach conclura de nouveaux contrats dans l’amont en partenariat avec les compagnies étrangères dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, eu égard au fait qu’à proximité des gisements découverts et exploités, principalement à Amguid Messaoud, Berkine, Illizi, ou au sud-ouest, existe un potentiel intéressant ou attractif en termes d’accumulations de pétrole ou de gaz.
Autre tendance affirmée ou affichée en 2021, Sonatrach compte devenir un énergéticien. C’est-à-dire qu’elle ne se contentera pas à moyen ou long terme de produire uniquement des molécules de pétrole et de gaz et des produits raffinés à partir de pétrole mais des biocarburants, de l’hydrogène vert et bleu ainsi que davantage d’énergie à partir de sources renouvelables. L’accord signé avec l’ENI en ce mois de décembre, en matière de transition énergétique, est un signal fort de la future tendance en matière de diversification d’activités que compte suivre la compagnie pétrolière nationale.