La crise de l’énergie prend des proportions que personne n’aurait imaginées, il y a quelques mois. La reprise de l’activité économique mondiale après la disette due à la Covid-19, la marginalisation de l’Iran, les «pannes » de la Libye et de l’Irak, les bruits de bottes à la frontière russo-ukrainienne, transformés en une guerre qui s’annonce désormais dans la durée, les sanctions contre la Russie et la réponse du berger à la bergère, sont autant d’ingrédients qui ont fait que la pression sur la demande du pétrole et du gaz explose carrément, sans jeu de mots.
Le confort menacé des Européens a fait qu’une course à-qui-mieux-mieux se déclare dès que le gazoduc North Stream est devenu aphone. La crainte d’un hiver pas très chaud a conduit à ce que tous les pays européens, s’auto-concurrençant, se soient empressés de remplir leurs cuves faisant grimper la demande sur l’énergie de plusieurs points.
L’Algérie, qui ne s’attendait pas à une telle offrande, a décidé de revoir les prix de ses livraisons de gaz à l’Europe, notamment ceux vers l’Espagne, la France et le Portugal. La décision n’est pas venue sur un coup de tête des cadors de Sonatrach, mais à la suite d’une envolée des prix du gaz sur le marché mondial. Il est donc normal que la compagnie algérienne des hydrocarbures cherche à rentabiliser au maximum ses richesses souterraines, imitant en cela toute entreprise économique qui adopte la loi de l’offre et de la demande.
Les inquiétudes d’une crise de l’énergie qui ressemblerait à celle de 1973 font que Sonatrach dispose d’une marge de manœuvre de négociations très importantes, le pays ne demandant que l’application des règles du marché. Les Européens, piégés par les sanctions contre la Russie qu’ils ont eux-mêmes déclarées, n’ont plus d’autres options que de payer au prix fort une énergie dont le prix se répercutera fatalement sur le portefeuille du citoyen européen déjà fort éprouvé par une inflation à deux chiffres et des pénuries inimaginables sur le Vieux continent, il y a quelques semaines seulement.
En plus, la réunion des producteurs Opep+ n’a pas abouti, comme prédit sur ces mêmes colonnes, à une baisse des prix conséquents du pétrole, au contraire. C’est pourquoi le gaz devient la nouvelle arme fatale aux mains des pays producteurs. L’Algérie, avec ses récentes découvertes de gaz et après des négociations sur la révision des prix, qui devraient aboutir, grimperait dans le classement des producteurs et devrait pouvoir rebattre les cartes des livraisons de gaz vers l’Europe.