Face à un marché gazier mondial, qui continuera à évoluer dans une tendance haussière, aussi bien sur le registre de la demande que sur celui des prix, pour au moins jusqu’à 2050, l’Algérie devra, entre autres, renforcer son offre en cette énergie tout en la diversifiant.

Par Feriel Nourine
Comprendre qu’il s’agit pour les pouvoirs publics de «se préparer aux rendez-vous futurs en orientant Sonatrach afin qu’elle devienne un acteur des transformations énergétiques à l’œuvre et non un fournisseur d’énergie», comme le souligne l’expert du secteur Mourad Preure, mettant l’accent sur l’importance des réserves du pays et la nécessité de les exploiter «intelligemment» pour mettre les capacités d’exportation algériennes de gaz au diapason de la demande mondiale qui pousse vers le haut. Sur ce dossier, les responsables chargés du secteur peuvent compter sur des ressources non conventionnelles «considérables», selon le PDG du groupe énergétique national, Toufik Hakkar. Considérables parce qu’elles couvrent 150 ans de consommation sur le marché national et en termes d’exportation, a précisé M. Hakkar, lors d’une interview accordée lundi soir à la Télévision nationale.
Concernant le profit tiré par l’Algérie de la hausse sensible des prix du gaz qui s’affiche actuellement sur le marché mondial, M. Hakkar a fait savoir que «de faibles volumes de gaz naturel sont commercialisés sur les marchés spot par Sonatrach, qui donne la priorité à la préservation de la relation commerciale à long terme avec ses partenaires historiques. Cependant, «nos contrats à long et à moyen termes contiennent des clauses qui nous donnent l’opportunité de réviser les prix tous les trois ou quatre ans, selon la nature du client et du contrat», a-t-il expliqué. Il ajoutera que les prix peuvent être révisés dans l’intérêt de l’Algérie et de Sonatrach dans des contextes exceptionnels du marché, comme c’est le cas actuellement. «Nous ne pouvons pas nous orienter vers des prix à court terme alors qu’en contrepartie nous perdons un client historique de l’Algérie, qui acquiert des volumes importants allant de 8 à 10 milliards m3/an et qui pourra se diriger par la suite vers d’autres fournisseurs», a-t-il argumenté, soulignant que les volumes de gaz naturel commercialisés par l’Algérie hors contrats à long terme sont «peu importants». Il précisera que ces volumes ont été commercialisés aux prix actuels du marché entre 28 et 29 dollars/btu. Outre le GNL, Sonatrach a récemment commercialisé du gaz naturel à travers les gazoducs sur les marchés spot, et ce, pour la première fois en Algérie, a encore indiqué le PDG de Sonatrach.
Dans le cas de l’Espagne, M. Hakkar a affirmé que l’Algérie «assure un approvisionnement régulier du gaz naturel», vers ce pays, selon les contrats liant les deux partenaires, via le gazoduc Med-Gaz dont le volume est de 10,5 milliards m3/an. «En cas de demande supplémentaire de l’Espagne, il sera procédé à la liquéfaction du gaz au niveau des complexes nationaux puis livrés dans un délai d’un jour», a-t-il expliqué.
Interrogé sur des sources ayant plaidé pour le retrait de l’Algérie de l’Opep, le PDG a souligné l’importance du rôle algérien au sein de cette organisation qui contribue à la stabilité du marché international. «Celui qui a présenté cette demande n’est pas conscient des conséquences dangereuses de cette sortie», a-t-il tranché, avant de mettre en exergue les efforts de l’Algérie avec d’autres pays de l’alliance Opep+ ayant permis de relever les prix, les faisant passer de 17 dollars le baril en 2020 à plus de 80 dollars baril actuellement. «Si l’Algérie sort de l’Opep, qui prendra en charge ce rôle ?», s’est-il alors interrogé, tout en estimant que «notre présence au sein de l’Opep, qui a une grande importance dans l’équilibre du marché, en général, ainsi que pour l’Algérie en termes de préservation de ses revenus d’hydrocarbures».
Concernant l’investissement à l’étranger du groupe qu’il préside, l’intervenant est revenu sur le développement des relations avec de nouveaux partenaires tels que le Pérou, le Kenya et le Niger. Des prospections ont eu lieu au Nord du Niger qui ont donné «des résultats positifs» qui encouragent Sonatrach dans son déploiement à l’international, a-t-il souligné. Dans le cas précis du marché libyen, il a assuré que le groupe public ne l’a pas abandonné, expliquant que «des conditions spécifiques à un certain moment ont empêché Sonatrach de poursuivre ses opérations». Cependant, «Sonatrach compte revenir en Libye pour développer les champs pétroliers qu’elle a précédemment explorés et ce, suite à l’amélioration des conditions de sécurité», a-t-il insisté.
S’agissant de la valeur des hydrocarbures exportés par Sonatrach durant l’année 2021, elle s’élève à 25 milliards de dollars au 9 septembre dernier, a, par ailleurs, fait savoir son premier responsable, prévoyant une hausse des revenus d’exportation à 33 milliards de dollars à la fin de 2021. <