Sonatrach négocie une révision des prix avec ses principaux clients européens afin de pouvoir tirer profit des hausses importantes du prix mondial du gaz, les prix appliqués aux contrats de fournitures conclus avec ces entreprises étant dépassés par ceux du marché.

En plus des négociations en cours sur le prix du gaz fournit à l’Espagne, le groupe public des hydrocarbures, Sonatrach, chercherait également à revoir les prix du gaz avec ses clients français et portugais. C’est ce qu’on peut lire en tout cas sur l’agence Reuters, qui rapporte des informations fournies par deux sources proches du dossier. Cette révision de la tarification concernerait ainsi les contrats conclus avec les entreprises espagnoles, Naturgy, Cepsa et Endesa, le français Engie et le Portugais Galp. Selon Reuters, les prix du gaz appliqués aux contrats de fournitures conclus avec ces entreprises sont dépassés par ceux du marché, raison pour laquelle, Sonatrach chercherait à renégocier avec ses principaux clients du Vieux Continent afin de pouvoir tirer profit des hausses importantes du prix mondial du gaz. Certes, dans les contrats de long terme les prix du gaz naturel sont indexés à ceux du pétrole, mais Sonatrach envisage d’autres options, y compris des clauses permettant au fournisseur d’établir un lien partiel entre les prix des contrats avec les prix du gaz au comptant, ont indiqué les sources à Reuters. Les inquiétudes suscitées par l’approvisionnement en gaz russe de l’Europe ont fait grimper les cours de la référence néerlandaise TTF de plus de 80% depuis le début de l’année et de plus 110% en moyenne annuelle ; le marché ayant atteint des niveaux records en mars après le début du conflit aramé opposant l’Ukraine à la Russie. Le Brent, lui, a augmenté de 55 % depuis le début de l’année. L’exacerbation du conflit opposant la Russie à l’Occident, avec comme éléments palpables d’une crise qui s’aggrave, les sanctions occidentales imposées à la Russie et la baisse des quantités de gaz fournies par la Russie aux Européens, a fait que le rôle de l’Algérie en tant que fournisseur de gaz pour l’Italie, l’Espagne et d’autres pays d’Europe du Sud a pris une importance accrue. La crise politique à laquelle se livrent Russes et Occidentaux pourrait s’aggraver davantage ; après que l’approvisionnement en gaz russe de l’Europe ait été réduit de 40%, les dirigeants européens nourrissent désormais les pires inquiétudes, avertissant que les flux pourraient être complètement suspendus. L’Algérie et d’autres fournisseurs du Vieux Continent – certes incapables de remplacer la Russie dans l’approvisionnement de l’Europe – chercheraient à profiter de la hausse des prix, dont ceux appliqués aux contrats de long terme qui sont complètement dépassés par la conjoncture actuelle du marché.

Les options de Sonatrach

Cependant, écrit Reuters, les révisions des prix surviennent à un moment difficile pour l’Europe, alors que les pays se bousculent pour remplir les installations de stockage avant la saison hivernale et élaborent des plans d’urgence pour faire face à une éventuelle interruption de l’approvisionnement russe. «Sonatrach a un pouvoir de négociation très fort parce qu’elle a le gaz et se rend compte que l’Europe en a besoin», a déclaré une source à Reuters. Une autre source a confirmé à l’agence britannique que Sonatrach chercherait à revoir les prix du gaz fournit à l’ensemble de ses clients. La même source reprise par Reuters a indiqué que la compagnie publique des hydrocarbures chercherait à obtenir des prix proches des prix internationaux ; c’est-à-dire que le prix prendrait en compte les cours du Brent et ceux de la référence européenne TTF qui serait très chère par rapport à la moyenne mondiale. Les négociations avec l’Espagnol Naturgy étaient en cours. Un porte-parole de l’entreprise a confirmé à Reuters que les négociations avec Sonatrach étaient en cours, ajoutant que la relation entre les deux entreprises «était bonne». L’aboutissement de ses conciliabules avec Naturgy, Cepsa, Engie et Galp devrait permettre à Sonatrach d’obtenir d’importantes marges et récupérer ainsi que des gains non négligeables. L’augmentation des prix, combinée à une hausse des volumes exportés, sur fond d’une progression fulgurante de la demande d’énergie devrait alimenter les comptes publics, malmenés par plusieurs années de chute des prix du pétrole et de deux années de crise sanitaire. Cette hausse des prix du pétrole et du gaz permet à Sonatrach d’entrevoir des perspectives meilleures, tablant sur des recettes de 50 milliards de dollars d’ici fin 2022, contre 35,4 milliards de dollars en 2021. Les prix du gaz ont davantage augmenté la semaine dernière en Europe pour atteindre 123,8 euros le mégawattheure sur le marché à terme néerlandais. La baisse de 40% de l’approvisionnement russe via le gazoduc Nord Stream, sur fond d’une demande de plus en plus importante en prévision de la prochaine saison hivernale font grimper davantage les cours. A cela s’ajoute l’interruption prolongée de l’exploitation d’une usine américaine de GNL en raison d’un incendie. Les fournisseurs traditionnels du Vieux Continent ne veulent pas être à la marge de cette conjoncture et tentent ainsi de faire aboutir des négociations autour d’une révision des prix.