Le procès de l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh, poursuivi pour entrave à la justice, s’est ouvert hier au tribunal criminel de Dar El Beïda près la Cour d’Alger, marqué par les déclarations de l’accusé principal contre Belkacem Zeghmati, qui a eu à diriger ce secteur dans une phase de chambardement politico-judiciaire.

PAR NAZIM B.
Sont également poursuivis dans cette affaire, le conseiller et frère de l’ancien président de la République décédé récemment, Saïd Bouteflika, l’homme d’affaires Ali Haddad, tous deux en détention, ainsi que l’ancien Inspecteur général du ministère de la Justice, Tayeb Hachemi.
Le Conseiller instructeur près la Cour suprême avait ordonné, le 22 août 2019, le placement de l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh en détention provisoire pour «abus de fonction, entrave à la justice, incitation à la partialité et incitation à faux en écriture officielle». Les avocats expliquent qu’il s’agit de l’affaire qui renvoie aux SMS que Louh a échangés avec Saïd Bouteflika et entre ce dernier et Ali Haddad.
L’enquête judiciaire a considéré ces faits comme des instructions que Louh donnait aux magistrats pour permettre à Chakib Khellil et les membres de sa famille de bénéficier d’un non-lieu et de l’annulation des mandats d’arrêt lancés contre eux. Appelé à la barre, Tayeb Louh a considéré son dossier comme un «grave précédent», défendant la thèse que son incarcération a des «motivations politiques…». Pour Louh, son incarcération a eu lieu «dans un contexte inconstitutionnel sous un Président qui n’était pas élu», allusion au défunt Abdelkader Bensalah. Ajoutant que «l’instruction a été entamée à l’époque d’un ministre nommé de manière illégitime (Zeghmati, NDLR) à la demande de l’ancien ministre de la Défense». L’accusé a considéré que «la Constitution ne permettait pas un remaniement de gouvernement ni les limogeages avant l’élection d’un Président. Le chef de l’Etat n’a pas de prérogatives de remaniement de gouvernement». Sur sa lancée, il a déclaré : «On disait de moi que j’ai ouvert de nombreuses affaires dont une enquête sur le fils du défunt chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah. Je ne vais pas entrer dans les détails de l’instruction en cours. Je vous laisse examiner mon dossier en votre âme et conscience». Des avocats qui suivent le dossier ont indiqué que l’ancien Premier ministre Noureddine Bedoui et l’ex-Secrétaire général à la présidence Haba Okbi devront comparaître en tant que témoins dans l’affaire initialement prévue le 26 septembre dernier. Saïd Bouteflika et les autres accusés sont notamment poursuivis pour «incitation à falsification de documents officiels», «abus de fonction», «entrave à la justice», «incitation à la partialité de la justice» et «outrage à magistrat».
Il faut souligner que les déboires de l’ancien ministre de la Justice se sont accentués depuis août 2019. «Dans le cadre de l’enquête ouverte au niveau de la Cour suprême, il a été procédé ce jour, 22 août 2019, par monsieur le Conseiller instructeur à l’audition de l’ex-ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh, poursuivi pour abus de fonction, entrave à la justice, incitation à la partialité et incitation à faux en écriture officielle». Tayeb Louh avait fait l’objet, en juillet 2019, d’une interdiction de quitter le territoire national. L’Office central de répression de la corruption (OCRC) avait alors été chargé d’ouvrir une enquête préliminaire à son encontre pour des faits à caractère pénal relatifs à la corruption.