Le président du Forum de chefs d’entreprise (FCE) Mohamed Samy Agli a lancé, hier, un cri d’alerte quant à la situation difficile que traversent les entreprises algériennes. Il a appelé dans ce sens le président de la République élu, Abdelmadjid Tebboune, à la veille de son investiture, à prendre des «mesures d’urgence ».

S’exprimant sur les ondes de la Radio nationale, le successeur d’Ali Haddad à la tête de l’organisation patronale a inscrit sa doléance sous le sceau de l’urgence. « Nous tenons à féliciter le président pour son élection. Il fallait avoir un chef et on en a un. Il faut qu’on avance et qu’on aille vite sur le plan économique», a-t-il plaidé, estimant que «l’économie n’attend pas ». Il a ajouté, à cet effet, que « le temps c’est de l’argent et, aujourd’hui, on a des décisions d’urgence à prendre ». Dans son argumentaire, le président du FCE a dressé un tableau plus qu’inquiétant sur la réalité des entreprises notamment dans certains secteurs d’activités qu’il a cités, comme le BTPH (bâtiment, travaux publics et hydraulique), l’industrie pharmaceutique, les services, les petites et moyennes entreprises (PME). Pour M. Agli, plébiscité au mois de juin président du FCE, 60% du tissu économique national est « sinistré », ce qui a engendré la perte de 650 000 postes d’emploi dans les divers secteurs touchés par la situation de crise. Raison pour lui de soutenir que cette situation exige « un engagement de très haut niveau, rompre avec les pratiques du passé et écouter ce que réclament le monde des affaires », qui reste fortement ébranlé avec la mise en détention de plusieurs patrons d’entreprise. D’où son attente d’un « message d’espoir » de la part du premier magistrat du pays, lequel est manifestement très attendu, entre autres, sur les chantiers économiques qui «ne tolèrent pas de tergiversations », selon des observateurs. « Nous attendons à ce que le président élu porte un message d’espoir à l’adresse des entreprises pour la préservation des postes d’emploi et le maintien du processus de création de richesses », a déclaré M. Agli, insistant sur «la nécessité d’aller vite». Pour lui, l’entreprise nationale ne peut pas se permettre de perdre encore du temps et subir dans la durée une situation dramatique », a-t-il relevé, plaidant comme solution pour des «actions courageuses allant dans le sens de réformer profondément l’ensemble de l’encadrement juridique de l’économie et à faciliter davantage l’acte d’investir, tout en associant les acteurs économiques dans la prise de décisions ».
Il a évoqué dans ce registre ce qui s’apparente à des obstacles administratifs sur le chemin des hommes d’affaires. « Il n’est pas normal qu’on nous demande une armada d’autorisations pour pouvoir créer de la richesse. Il n’est pas normal que le système bancaire demeure un frein pour l’économie alors que le mouvement des capitaux est de plus en plus facile à faire partout dans le monde », a-t-il souligné. Mettant à l’index la bureaucratie, qui est «un danger pour l’Etat», le patron du FCE a mis en avant l’importance de « miser sur la technologie et la digitalisation». Mais au-delà de ces considérations, «le plus grand défi de la prochaine période est la reprise de la confiance, notamment entre les acteurs économiques et l’administration», a-t-il relevé, invitant à ne pas mettre tous les « acteurs économiques dans le même sac », en allusion au regard que porte l’opinion sur les patrons particulièrement au vue de la fin que l’on connaît de l’ancien patron du FCE. Par ailleurs, et s’agissant de la problématique du foncier industriel, M. Agli a fait état de l’installation par le FCE d’une commission ad hoc composée d’experts et de chefs d’entreprise des différentes régions du pays afin d’élaborer « un livre blanc » qui doit être remis au président de la République, sur les moyens d’assurer l’accès équitable aux assiettes industrielles.