L’annonce d’un projet de rapport de l’Instance de médiation et du dialogue signifie-t-elle la fin de mission d’une initiative politique qui a animé la scène politique ces dernières semaines ? Le panel, qui a annoncé jeudi la proposition de deux projets de loi, celui de la création d’une autorité d’organisation des élections et celui de l’amendement de la loi électorale actuelle, remet en quelque sorte les résultats de ses activités des dernières semaines loin d’avoir été de tout repos. Il est clair que depuis sa mise en place, l’Instance nationale de médiation et de dialogue, dirigée par Karim Younès, n’arrivait toujours pas à accéder au niveau d’une initiative convergente, celle qui devait attirer naturellement l’adhésion de la grande majorité des acteurs politiques. Malgré ses faiblesses, l’Instance a vu ses initiateurs tenir bon et tenter de faire adhérer le maximum dans des conditions difficiles.
Le refus du pouvoir d’accéder aux préalables, arborés au début de son action, ne fera que fragiliser une initiative dont la mission était d’initier un large dialogue afin de mettre fin à une crise politique aiguë. Comme pour donner du crédit à son action, l’Instance a annoncé avoir consulté plus de 3 000 personnes représentant les acteurs politiques et de la société civile.
Des rencontres qui ont abouti à une conclusion qui n’aura pas surpris grand monde : aller vers « une élection présidentielle dans les plus brefs délais ».
Ce qui semble cadrer avec la feuille de route du pouvoir qui, par les voix du chef de l’Etat par intérim et du chef d’état-major de l’Armée, insistait sur la nécessité absolu de revenir au processus électoral comme seule issue à la crise.
L’idée d’une conférence nationale semble ainsi avoir été écartée. Un autre engagement de Karim Younès, celui d’une « charte d’honneur » qui engage les candidats à la prochaine échéance électorale « à respecter et à appliquer les recommandations de la Conférence nationale de dialogue et de médiation », semble également passer à la trappe. L’idée d’un engagement préalable des candidats est rejetée. Un préalable qui avait pourtant suscité un certain consentement.

Une démarche limitée
La tenue de cette élection présidentielle est toujours conditionnée par la transparence et la neutralité de l’administration. Des conditions entre autres revendiquées par le mouvement de manifestation populaire depuis le 22 février, qui refuse qu’un tel scrutin soit organisé par la même administration ayant agencé les votes antérieurs.
Le panel de Karim Younès est-il pour autant arrivé à convaincre la majorité d’adhérer à une démarche que beaucoup considéraient comme limitée ? Le défi auquel était confronté le panel était l’indispensable rétablissement de la confiance, des mesures d’apaisement et un gouvernement de compétence nationale pour gérer les affaires courantes. Le résultat reste mitigé.
Le panel insiste sur la nécessité d’accélérer l’installation de l’autorité nationale indépendante d’organisation des élections et l’amendement de la loi électorale. La seule concession franche.
Reste les deux projets de lois relatifs à l’autorité d’organisation des élections et la loi électorale. La base juridique qui permet d’accorder les prorogatifs du chef de l’Etat et ceux de ces propositions d’amendements de loi sera trouvée en recourant aux articles 7 et 8 de la Constitution.