La démission de Mouad Bouchareb de la présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN) marque un tournant et pour l’institution législative et pour la révolution populaire du 22 février. Au-delà de la cacophonie qui a caractérisé la séance plénière de clôture de la session parlementaire qui devait se tenir hier, c’est la portée qu’a ce retrait de Bouchareb qui capte l’attention de nombreux observateurs et d’Algériens, nombreux à avoir réagi, notamment, sur les réseaux sociaux. Le désormais ancien président de l’APN est, en effet, l’un des « B » que le Hirak a rejeté depuis le début des manifestations populaires, en plus de Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat par intérim, et de Noureddine Bedoui, Premier ministre. Même si cette démission est le résultat d’une guerre de clans qui a commencé au sein du FLN parti de la majorité, elle n’en demeure pas moins une victoire pour le Hirak.
Au lendemain des marches du 22 février à travers le territoire national, Mouad Bouchareb, alors président de l’instance dirigeante du FLN, déclarera avec une arrogance insoutenable que «Dieu a envoyé Bouteflika en 1999 pour réformer la Nation algérienne et lui rendre la place qui est la sienne». Une déclaration très vite qualifiée de dérapage gravissime pour quelqu’un qui est arrivé à la tête de l’APN par ce qu’on appelle « le coup d’Etat du cadenas », lorsque les députés avaient empêché son prédécesseur, Saïd Bouhadja, d’accéder à son bureau pour justifier la vacance du poste, puis le destituer. Mouad Bouchareb symbolise le régime de l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika et sa démission ne peut être qu’inscrite au registre de la mobilisation populaire qui en fait l’une des conditions pour aller vers une solution à la crise.

Comment convaincre le Hirak…
Maintenant que ce départ est acté après une résistance farouche du président de l’APN, c’est l’avenir de l’institution législative qui est en question. Qui remplacera Mouad Bouchareb ? Aura-t-il la confiance de la majorité, voire des députés de l’opposition qui ont participé au processus de destitution ? Sera-t-il accepté par le Hirak ? Et, enfin, pourra-t-il soigner l’image de l’Assemblée et empêcher son naufrage synonyme de sa dissolution dans la conjoncture que connait le pays ? Autant de questions qui se posent d’ores et déjà et dont les réponses ne sont pas vraiment évidentes. Le Bureau de l’APN a chargé Abderrezak Terbach, vice-président, de gérer les affaires de l’Assemblée jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Ce qui est tout à fait normal, jusque-là. Mais, il faut préciser que l’homme en question est issu du FLN. L’ex-parti unique décrié par le Hirak est donc toujours là pour gérer cette institution. Bien que sa mission soit courte, puisque selon Khaled Bouriah, chef du groupe parlementaire du même parti, «il y a un délai de 15 jours, dans ces circonstances, pour élire un nouveau président et relancer l’activité de l’Assemblée». En fait ça ne sera pas aussi simple que ça.

Le salut dans la dissolution ?
Trouver un député pour diriger l’APN qui puisse faire consensus entre tous les groupes parlementaires du pouvoir et de l’opposition n’est pas aisé. Les négociations entre les uns et les autres seront tellement longues que l’on peut s’attendre à un échec. Et puis, même dans le cas où il y a accord, il faut rappeler que la majorité des partis de l’opposition, à l’exception du groupe El Adala-Bina-Nahda qui semble bien impliqué dans l’affaire, boudent les travaux. Les députés du PT ont démissionné de l’Assemblée, ceux du FFS aussi, bien que partiellement à cause des problèmes internes que connait ce parti, au moment où ceux du MSP et du RCD ne siègent presque plus depuis le début du mouvement du 22 février. C’est dire que même dans le cas où elle arrive à se doter d’un président, l’APN manquera toujours de légitimité.
Et, vu les tâches qu’elle sera amenée à assumer durant la prochaine période, on parle notamment de la révision du code électoral et de l’adoption d’une loi organique relative à la commission indépendante de gestion des élections, son travail législatif risque d’être rejeté. Cette institution, dont l’image a été ternie avec l’affaire du cadenas en octobre 2018, est d’ailleurs au centre de quelques slogans scandés par les manifestants lors des marches de vendredi. Une bonne partie du Hirak demande rien de moins que «la dissolution du Parlement issu de la fraude» et qui «ne représente pas les Algériens». Ne serait-ce pas la bonne solution pour que l’institution reparte sur de nouvelles bases ?<