L’ascension conjoncturelle du mouvement El Bina, qui a vu l’un de ses rares députés, Slimane Chenine, devenir président de l’Assemblée populaire nationale (APN), ne cesse de susciter des interrogations au sein de la classe politique.
Des interrogations renforcées par la proposition faite par le président du parti, Abdelkader Bengrina, par ailleurs membre des « Forces du changement », de plébisciter Chenine pour mener le dialogue national « inclusif » promis par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah.
Cette proposition, si elle a agacé plusieurs formations politiques, notamment les plus représentées au Parlement, ne semble pas avoir importuné le MSP, qui applaudit les points gagnés par El Bina dans la conjoncture actuelle même s’il s’agit d’un parti né d’une dissidence du MSP.
Cependant, le parti de Makri émet des réserves quant à la forme avec laquelle M. Chenine a été plébiscité au perchoir d’une Assemblée qui bat de l’aile de toutes parts. Sur la forme, le MSP refuse de valider l’accession de Chenine à la tête de l’APN, indique des sources au sein du parti présidé par Makri. Pourquoi ? «Cette accession a été l’œuvre d’une majorité parlementaire issue de la fraude et rejetée par le peuple », estime un député du MSP sous couvert de l’anonymat. Ce dernier ajoute que « le choix est venu aussi sur instruction d’en haut », raison pour lui de remettre en cause la forme prise par l’intronisation de Chenine à la tête de l’APN. « Nous n’avons aucune objection contre Chenine ou le groupe parlementaire qui a présenté sa candidature, ni même contre le Mouvement El Bina auquel il appartient », a déclaré, pour sa part, Nacer Hamdadouche, député et membre du bureau exécutif national au sein du MSP. « Notre position était collective pour boycotter la séance de l’élection du nouveau président de l’APN parce qu’on pensait que le candidat allait être de l’allégeance avant que le nom de Chenine n’apparaisse à la dernière minute », explique le même député.
M. Hamdadouche a écarté, par ailleurs, l’existence d’une animosité entre le MSP et le mouvement Bina qui « sont issus de la même école politique ».
Une autre voix au sein du MSP relève que le désormais nouveau président de l’APN « était cadre du Hamas à l’époque de Nahnah et qu’il était également son relais avec le pouvoir ».
Selon la même source, le facteur de l’équilibre régional dans les institutions aurait été pris en considération dans le «choix » de Chenine pour le perchoir de l’APN. « Il faut dire que le fait que Chenine soit un enfant du Sud (Ouargla) a joué en sa faveur », explique-t-on. On peut aussi évoquer d’autres raisons du fait qu’il n’était pas possible de choisir une personnalité de la majorité parlementaire qui est rejetée politiquement.
A la question de savoir si le MSP répondra favorablement à une invitation pour un dialogue national si Chenine est investi pour mener les consultations avec la classe politique et la société civile, notre source n’y voit pas d’inconvénients.
« Nous n’avons pas de réserves contre la personne mais cette question de dialogue dépasse le côté personnel et incombe à d’autres considérations liées au mécanisme et aux circonstances politiques du dialogue lui-même », relève la voix du MSP.