Avant-hier lundi, le chef de la diplomatie américaine a déclaré dans une conférence de presse à Washington que son gouvernement ne considérait désormais plus les colonies israéliennes en Cisjordanie comme « illégales » ou « incompatibles ». Les propos de Mike Pompeo constituent une nouvelle prise de position de l’administration Trump en faveur d’Israël, après les deux décisions controversées qu’ont été la reconnaissance de Jérusalem (Al Qods) en tant que capitale d’Israël en 2017, et le transfert officiel de l’ambassade américaine à Jérusalem en 2018.

Ils rappellent que la cause palestinienne vient de faire une nouvelle fois les frais de la politique intérieure des Etats-Unis et des difficultés que rencontre le locataire de la Maison Blanche Donald Trump. Et que ce dernier, connu pour sa versatilité en politique étrangère, fait preuve d’une méthode et d’une cohérence insultante à l’égard des Palestiniens et de leur droit à leurs territoires ainsi qu’à un Etat souverain, selon les résolutions onusiennes et du droit international. De ce droit, il ne reste rien ou presque rien même si des voix, notamment au sein de l’Union européenne, s’élèvent pour avertir des dangers de l’expansion continue des colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie, une question qui a fait effondrer les derniers pourparlers entre Israël et les Palestiniens en 2014. M. Pompeo a déclaré lors de sa conférence de presse que cette décision – qui revient à inverser la position du gouvernement Obama sur la question – avait été prise en fonction de « la réalité sur le terrain » qui compte aujourd’hui 427 800 colons contre 16200 au tout début des années 1980, selon l’ONG Peace Now. Mais pourquoi cette date ? C’est tout simplement parce que, pour justifier la position de son administration sur le dossier, le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères s’est réfugié derrière l’ancien président Ronald Reagan qui avait estimé au cours d’une rencontre avec des journalistes peu de temps après son arrivée à la Maison Blanche, le 2 février 1981, que ces colonies « n’étaient pas illégales ». Ronald Reagan avait alors pris le contre-pied de la précédente administration démocrate de Jimmy Carter dont le conseiller juridique, Herbert Hansell, avait considéré que ce transfert de population dans un territoire occupé constituait une violation de la quatrième convention de Genève. Sauf que M. Pompeo, rappellent des observateurs, s’est gardé de rappeler ce qu’avait ajouté à l’époque le président républicain, à savoir que la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens occupés à partir de la guerre de 1967 était «peu judicieuse» et « inutilement provocatrice». Ronald Reagan avait même appelé à un gel. Quelles que soient les formes qu’elle a adoptées, quelles que soient les tergiversations et les calculs qu’elles a eus en faveur de l’Etat hébreu, l’administration américaine, démocrate ou républicaine, a toujours eu comme position de considérer la colonisation des territoires palestiniens par Israël comme un « obstacle à la paix ». Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Avec un ambassadeur sioniste et porteur de passeport israélien en Israël David Friedman, Washington rompt une nouvelle fois avec les données en cours depuis cinquante ans de négociations entre Israéliens et Palestiniens. Son administration actuelle confirme son soutien aux premiers contre les seconds désormais contredits dans leur ambition légitime de fonder un Etat et de faire de Jérusalem-Est leur capitale.

Un coup de pouce à Netanyahu
Une décision que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a naturellement saluée parce qu’elle arrange ses affaires car il avait promis en septembre dernier d’annexer rapidement la vallée du Jourdain, territoire stratégique représentant un peu moins du tiers de la Cisjordanie occupée, s’il était reconduit au pouvoir face à son rival Benny Gantz. Elle satisfait déjà le lobby sioniste aux Etats-Unis dont on connait le poids électoral et que M. Trump veut avoir de son côté lors des présidentielles de l’automne 2020 alors que ses difficultés dans l’affaire ukrainienne ne cessent pas de s’aggraver. Les Palestiniens, eux, condamnent la « partialité de l’attitude des Etats-Unis » comme l’a déclaré le Premier ministre de l’Autorité Mohammad Ishtayeh, qui a affirmé que les déclarations de M. Pompeo sont « un mépris du droit international et des résolutions internationales ». « Cette déclaration vient soutenir Netanyahou dans les derniers moments de la concurrence pour le poste du Premier ministre », a-t-il indiqué, réaffirmant que les colonies israéliennes « sont illégales et constituent des crimes de guerre contre la terre, entravant la solution à deux Etats ». Le Premier ministre a demandé de la communauté internationale de « faire face à cette déclaration grave constituant un coup sérieux aux efforts internationaux pour réaliser la paix depuis 25 ans ». Hier, mardi, l’Autorité palestinienne a appelé à une réunion ministérielle d’urgence de la Ligue arabe. Cette réunion pourrait avoir lieu en début de semaine prochaine, selon une source diplomatique selon l’AFP. Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a jugé que la décision de Washington « compromettait toute paix juste fondée sur la fin de l’occupation ». Pour sa part, le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erekat, a indiqué que « nous avons déjà entamé les pourparlers à l’ONU afin de présenter un projet de résolution au Conseil de Sécurité. Nous nous attendons à un veto de Washington, mais nous allons néanmoins aller de l’avant ». « Les Etats-Unis imposeront alors leur veto au droit international », a-t-il souligné, ajoutant qu’ « ils veulent nous voir sur nos genoux…Mais nous allons nous tenir debout ». L’annonce de la Maison Blanche « confirme l’évaluation que se fait la Palestine de l’administration Trump, qui est une menace pour la paix internationale car elle est complice des crimes d’Israël », a commenté Hanane Achraoui, cadre de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle a mis l’accent sur la nécessité pour que la communauté internationale « doit faire face à cette grave délinquance politique qui menace la région et le monde entier ». »Les Etats-Unis n’ont pas le droit de réécrire le droit international et de fausser le système international basé sur des règles », a dénoncé Mme Ashrawi. « Les colonies israéliennes constituent une violation grave et flagrante du droit international, y compris du droit international humanitaire, et un crime de guerre au regard du statut de Rome. Ce sont des faits que l’administration Trump ne peut ni modifier ni effacer », a-t-elle ajouté. Les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, comme la 2334, considèrent les colonies comme une « violation du droit international humanitaire » mettant « gravement en péril » la solution à deux Etats. Dans une déclaration, hier, l’organisation des Nations unies a estimé que le changement de position des Etats-Unis sur les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée n’a aucun impact sur le statut de ces implantations, qui sont considérées comme contraires au droit international. « Le changement de position d’un Etat ne modifie pas la législation internationale existante, pas plus que son interprétation par la Cour internationale de justice et le Conseil de sécurité », a déclaré Rupert Colville, un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme. Le Haut-Commissariat va « continuer de suivre la position de longue date des Nations Unies qui est que les colonies israéliennes enfreignent la législation internationale », a-t-il ajouté. Aux Etats-Unis, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, candidate à laMaison Blanche, a dénoncé le revirement américain, affirmant qu’ellel’annulerait si elle était élue. « Ces colonies ne violent pas seulement le droit international, elles rendent la paix plus difficile à réaliser », a-t-elle tweeté.n

Le président ukrainien «fatigué» du scandale avec Trump

Le président ukrainien s’est dit hier «fatigué» du scandale sur les pressions qu’aurait exercées sur lui l’administration de Donald Trump, actuellement empêtré dans une procédure de destitution, un affaire qui pèse sur les relations américano-ukrainiennes.
Interrogé pour savoir s’il était prêt à lancer, à la demande de Trump, une enquête contre le groupe ukrainien Burisma lié à son rival politique démocrate Joe Biden, Volodymyr Zelensky a lâché: «Tout le monde en Ukraine est tellement fatigué de Burisma».
«Nous avons notre pays, nous avons notre indépendance, nous avons nos propres problèmes», a-t-il poursuivi à l’issue d’une conférence de presse à Kiev avec le Premier ministre tchèque Andrej Babis. Les relations entre M. Zelensky, en poste depuis mai, et la Maison Blanche sont au coeur d’une tempête politique secouant les Etats-Unis et valant au président américain une procédure de destitution. Les démocrates soupçonnent Donald Trump d’avoir abusé de ses pouvoirs à des fins politiques personnelles, en conditionnant une aide militaire de quelque 400 millions de dollars destinée à l’Ukraine à l’ouverture d’une enquête visant Hunter Biden, fils de Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de la présidentielle de 2020. L’enquête devait viser les activités de Hunter Biden quand il siégeait entre 2014 et 2019 au conseil de surveillance de Burisma, producteur de gaz. L’Ukraine, à couteaux tirés avec la Russie, est embarrassée par cette affaire et soucieuse de préserver ses relations à la fois avec Donald Trump et ses opposants, les Etats-Unis étant un allié clé dans son conflit avec Moscou.