Intervenant jeudi dernier, lors d’une session consacrée à la globalisation des marchés du gaz et ses conséquences géopolitiques, à l’occasion du premier sommet mondial de l’énergie, qui s’est tenu dans la capitale émiratie, Noureddine Boutarfa a évoqué les énergies non-conventionnelles en Algérie.


Il a ainsi estimé nécessaire, pour l’Algérie, de trouver de nouveaux moyens d’attirer les investissements pour l’exploration et l’exploitation de nouvelles sources de gaz dans l’objectif de maintenir les exportations sur le long terme en Europe et d’acquérir de nouvelles parts de marchés dans le monde. Noureddine Boutarfa a mis en avant le potentiel en schiste dont dispose le pays : 20 000 milliards de m3. Il y a de quoi susciter l’enthousiasme des compagnies pétrolières et gazières présentes à ce sommet. Connu pour ses penchants fossiles, Noureddine Boutarfa défend, depuis qu’il a pris les commandes du ministère de l’Energie, un postulat clair : le déclin « inéluctable » du gaz conventionnel imposant le développement du gaz de schiste. Le ministre aura fort à faire, le schiste faisant encore partie des dossiers sensibles que le gouvernement n’aura pas réussi à démystifier. Du moins pour le moment. Certes, Boutarfa n’a pas débarqué aux Emirats arabes unis avec une législation quelconque sous le bras. Mais, il semble avoir l’intention de bousculer l’ordre établi dans le non-conventionnel. Ce dossier, il veut le porter à bout de bras. Noureddine Boutarfa, un familier du secteur de l’énergie, a l’ambition d’y marquer une rupture par rapport à la pratique ancienne de développement, en y introduisant la formule des appels d’offres dans le renouvelable, en souhaitant faire de la branche pétrochimique un levier puissant pour la diversification de l’économie nationale et en projetant d’opérer un lifting dans l’actuelle législation pétrolière. Un pari fou dont il faudra convaincre gouvernement, spécialistes, opérateurs économiques… Sur le papier, l’Algérie pourrait, par exemple, transformer localement toute sa production de pétrole brut à l’horizon 2025 grâce aux projets de pétrochimie actuellement en réalisation ou à l’étude. Ces projets permettent d’entrevoir un « bond appréciable » dans le domaine de la diversification et de la substitution aux importations, estimait le ministre dans une déclaration récente. Les quatre raffineries à venir (Tiaret, Hassi Messaoud, Biskra et Arzew) accroîtront la production de carburants de quelque 20 millions de tonnes. Ces quantités sont largement suffisantes pour la consommation locale, avec un surplus qui sera destiné à l’exportation. Ainsi, l’option défendue par le ministre de l’Energie est recevable, car, et à ce jour, le pays exporte ses hydrocarbures à l’état brut, n’apportant pas de valeur ajoutée à l’économie. Le pays doit tout rentabiliser, mais la priorité absolue est de rester un acteur important du marché international de l’énergie, contribuant ainsi à la sécurité d’approvisionnement de ses clients. Ce marché a été fortement brouillé, ces dernières années, avec une demande erratique. La consommation mondiale de gaz avait représenté 21% de la consommation globale d’énergie, tirée par la demande aux Etats-Unis, mais aussi en Chine et au Moyen-Orient, alors que l’Europe a connu une baisse nette durant cette période.
Prix juste du gaz, durabilité de l’industrie
Il en va de même pour le commerce international de gaz (par gazoducs et GNL) qui a augmenté de manière soutenue pour franchir les 1 000 milliards de m3 en 2015, dépassant nettement le rythme de croissance modeste de la demande des dernières années. Ce volume échangé représente environ 30% de la production commerciale totale, dont le tiers s’est fait sous forme de GNL. En outre, les prévisions des spécialistes s’attendent à une transformation profonde du marché avec l’introduction des gaz de schiste et l’entrée des Etats-Unis comme grand pays exportateur de GNL, alors que les usines de liquéfaction en construction outre-Atlantique devraient apporter une production supplémentaire de quelque 65 millions de tonnes par an d’ici à fin 2018. Noureddine Bouterfa a estimé qu’une globalisation du marché du gaz naturel devrait conforter la sécurité d’approvisionnement des pays importateurs et réduire les risques découlant d’une dépendance d’un nombre limité de fournisseurs. Cette globalisation devrait aussi offrir plus d’opportunités qu’elle ne suscite d’inquiétudes, tant pour les pays producteurs, que pour l’industrie et les pays consommateurs. Le ministre a également parlé des prix du gaz, soutenant que la question d’un prix juste était « primordiale » en vue d’assurer la durabilité de cette industrie. La chute des prix du gaz continue et les pays gaziers n’arrivent pas à y faire face. Le chacun pour soi fait figure d’évidence dans le camp de ces pays dont certains d’entre eux bradent leur gaz. Et, le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG), supposé contribuer à réorganiser ce marché, semble figé. Ses membres ne souhaitent pas en faire une Opep du gaz.
Le Forum des douze pays exportateurs de gaz qui détiennent 70% des réserves gazières mondiales, et dont l’un des objectifs est le renforcement des échanges afin de défendre leurs intérêts, ne désire pas imposer de quotas sur la production et la vente de gaz, ni imposer des règles sur le marché gazier. Pourtant, un de ses membres les plus influents est la Russie, un pays qui aura du plomb dans l’aile, conséquemment aux sanctions qui lui sont injustement imposées par l’UE et les Etats-Unis. Du coup, elle tempère ses ambitions au plan géostratégique, se montrant coopérative avec l’Opep, et adoptant une position qui ne la fera pas passer pour une rabat-joie sur le marché gazier. Elle marche ainsi dans les pas du Qatar, un pays qui ne vend pas son gaz à qui mieux mieux, le bradant ou presque.