L’engagement de membres influents du Fonds monétaire international (FMI) est de contribuer à l’allocation de nouvelles ressources financières aux pays africains et à ceux, pour la plupart, qui n’ont pas les moyens de financer un plan de redressement de leur économie affectée par la pandémie Covid-19. L’Algérie, qui a des difficultés à couvrir les besoins de financement nécessaires au redémarrage de son économie, pourra-t-elle profiter de cette manne?

Par Khaled Remouche
C’est véritablement une perche tendue par les pays riches à l’Algérie et aux pays africains, à travers leurs engagements consignés dans la déclaration issue du Sommet de Paris sur le financement des économies africaines adoptée le 18 mai dernier par les représentants des grands pays riches, Etats-Unis, France, Allemagne, Japon, Grande-Bretagne, Canada, Chine, des pays du Golfe, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis et les grands pays africains, Algérie, Afrique du Sud, Nigeria, Egypte et nos pays voisins, Maroc, Tunisie, Mauritanie, Mali, Niger.
L’Algérie face à une crise financière aiguë pourrait trouver une solution aux financements de ses programmes de développement et de son plan de relance anti-Covid-19 dans la palette de financements et de garanties proposée par les institutions financières internationales, les banques multilatérales de développement et les fonds internationaux d’investissements. Ces pays riches, signataires de la déclaration, appellent en somme à la mobilisation rapide de fonds importants du FMI pour financer les plans de relance des pays africains. Ils s’engagent à fournir davantage de vaccins aux pays africains, voire même à partager les doses de vaccins et à faciliter la production de vaccins en Afrique. «L’Afrique a connu une récession en 2020 après 25 ans de croissance continue. Le FMI estime jusqu’à 285 milliards de dollars nécessaires pour la période 2021-2025 aux pays africains, dont près de la moitié aux pays à revenus faibles pour renforcer la réponse apportée à la pandémie. Les pays à revenu intermédiaire (comme l’Algérie) nécessitent une attention particulière. Nous nous appuierons sur le système financier international pour créer l’espace budgétaire nécessaire aux économies africaines. Nous appelons à rapidement décider d’une allocation générale de droits de tirage spéciaux d’un montant sans précédent qui devrait atteindre 650 milliards de dollars dont 33 milliards de dollars destinés à augmenter les avoirs de réserves en devises des pays africains et à les mettre en oeuvre dans les meilleurs délais.» Il convient de noter que les pays signataires qui comptent parmi les membres plus influents du Fonds monétaire international, appellent à la mobilisation rapide de ces fonds pour soutenir les plans de redressement des économies africaines, affectées par la crise sanitaire. Les pays riches signataires reconnaissent néanmoins que la lutte contre la pandémie reste prioritaire, d’où leur engagement à fournir davantage de vaccins aux pays africains. «Dans l’immédiat, la priorité absolue est de vaincre la pandémie. Nous reconnaissons le rôle d’une immunisation à grande échelle contre la Covid-19 en tant que bien public mondial et nous unissons nos efforts pour veiller à un accès équitable en Afrique à des vaccins et à des moyens de diagnostics sûrs et abordables grâce au dispositif pour accéder aux outils de lutte contre la Covid-19 (accélérateur ACT) et à sa facilité Covax ainsi qu’à l’initiative AVATT de l’Union africaine. Nous nous efforcerons d’accélérer cet effort pour faire en sorte que l’Afrique reçoive davantage de vaccins, notamment en partageant les doses et en favorisant le commerce tout au long de la chaîne de valeur ainsi qu’en développant les capacités locales nécessaires à la distribution des vaccins. Nous devons aussi en partenariat avec le secteur privé accélérer la production de vaccins en renforçant les capacités locales. Cela peut être facilité par un partage volontaire de la propriété intellectuelle des vaccins et par un transfert actif technologique et de savoir-faire, conformément aux cadres juridiques internationaux, par exemple, par la mise en commun des licences, la conclusion d’accords de fabrication pour permettre une production locale. L’Algérie devrait, nous semble-t-il, profiter de cette conjoncture favorable, reflétée par cet engagement des pays riches à fournir davantage de vaccins aux pays africains, pour rattraper dès l’été son grand retard dans la vaccination et avancer dans sa campagne de vaccination pour atteindre l’immunisation collective au cours de l’automne prochain, voire fin décembre 2021 ou au plus tard le premier trimestre 2022, et partant de réunir de bonnes conditions pour relancer son économie.

Appui à la production locale des vaccins
Quant à l’usage de ces fonds, ces pays riches n’omettent pas de demander une bonne utilisation de cet argent. «Nous demandons aux pays africains d’utiliser ces ressources d’une manière transparente et efficace.» La déclaration met en avant, en outre, les instruments monétaires dont ne disposent pas les pays africains et qui doivent être mobilisés pour soutenir le redémarrage des économies africaines et leurs efforts en vue d’atteindre les objectifs du développement durable. C’est ainsi que les pays signataires appellent à la mobilisation accrue de la Banque africaine de développement au service du développement vert en Afrique, à diverses options supplémentaires pour prêts DTS en vue de soutenir la relance verte dans le continent, les banques multilatérales de développement (BMD) à mettre à la disposition des pays africains davantage de financements privés, le FMI, la Banque mondiale et les BMD à accorder davantage de crédits concessionnels, à lancer l’alliance pour l’entreprenariat en Afrique, destinée notamment à favoriser le financement des entreprises et start-ups innovantes en Afrique, à mobiliser davantage de ressources du Fonds mondial de l’environnement pour atteindre les objectifs climat concernant le continent, mobiliser les capital investissement et les capital risque, ainsi que la mise en oeuvre de l’initiative G 20 en faveur de l’industrialisation de l’Afrique.
Nous sommes donc en présence de plusieurs possibilités de financement des économies africaines que les pays signataires veulent rapidement mettre en oeuvre. L’Algérie saura-t-elle saisir ces nouvelles opportunités pour financer son développement, notamment ses projets industriels, de développement des énergies renouvelables et de développement de l’économie numérique. Jusqu’ici, elle s’est montrée moins entreprenante que les pays voisins, Tunisie et Maroc, qui parviennent à financer leurs projets d’infrastructures structurants plus aisément, notamment grâce au partenariat public-privé ou aux crédits des BMD ou fonds internationaux d’investissements. Faut-il s’attendre à un réveil ?