Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s’est tenu les 15 et 16 septembre 2022 à Samarcande en Ouzbékistan a montré des Etats membres soucieux de se faire entendre sur la scène géopolitique mondiale- face aux Etats-Unis et aux puissances occidentales- mais également divergents sur un certain nombre de dossiers et points de conflits comme celui de la guerre en Ukraine. Ainsi, les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine se sont posés vendredi 16 septembre en contrepoids à l’influence occidentale, lors du sommet de l’Organisation qui a réuni plusieurs pays d’Asie dont la Chine et la Russie.

Synthèse Selma Allane
Lors de la session principale du sommet, jeudi 15 septembre, M. Xi a appelé les dirigeants réunis à «travailler ensemble à la promotion d’un ordre international qui aille dans une direction plus juste». Il convient «d’abandonner les jeux à somme nulle et la politique consistant à créer des blocs», a-t-il poursuivi. Le président russe, de son côté, s’est félicité du «rôle croissant des nouveaux centres de pouvoir» qui, selon lui, «devient de plus en plus évident». M. Poutine a affirmé que la coopération entre les pays membres de l’OCS, à la différence des Occidentaux, se basait sur des principes «dénués d’égoïsme».
Des signes de désaccord n’ont toutefois pas manqué d’apparaître. «Excellence, je sais que l’heure n’est pas à la guerre», a déclaré le dirigeant indien Narendra Modi à M. Poutine, au début d’une rencontre en tête-à-tête. M. Poutine, en réponse, a dit entendre ses «inquiétudes», reprenant une formule qu’il avait eue jeudi 15 septembre avec Xi Jinping.
Le président russe a affirmé à M. Modi qu’il allait «tout faire» pour que le conflit en Ukraine «se termine le plus vite possible». Un peu plus tard devant la presse russe, M. Poutine a déclaré que Moscou ne se hâtait pas d’achever son «objectif clé» en Ukraine: la conquête du Donbass, région du sud-est du pays en partie contrôlée par l’armée russe. «Le plan (des opérations, ndlr) ne nécessite pas de changement (…) nous ne sommes pas pressés», a indiqué M. Poutine.
Moscou en quête d’alliés
L’OCS, dont les membres sont la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan et quatre ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, a été créée en 2001 en tant que plateforme de coopération d’équilibre face aux organisations occidentales. D’après les données de la Banque mondiale, le PIB global de l’organisation a dépassé, avec l’adhésion de deux nouveaux membres en juin 2017, les 15 000 milliards de dollars, soit 20% de celui de l’économie mondiale, qui est de 74 000 milliards de dollars. Avant la participation du Pakistan et de l’Inde, le PIB global de l’OCS était de 12 700 milliards de dollars en fin 2015.
Mais d’importants différends subsistent au sein de l’alliance. Les dirigeants du Kirghizstan et du Tadjikistan se sont ainsi retrouvés en urgence, lors du sommet, pour annoncer un cessez-le-feu après une escalade des violences à la frontière disputée entre ces deux pays d’Asie centrale. MM. Poutine et Xi ont également rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan dont le pays bénéficie d’un statut de «partenaire de dialogue». Il a appelé à stopper la guerre en Ukraine «au plus vite par la voie diplomatique».
M. Xi, qui effectue son premier déplacement à l’étranger depuis le début dela pandémie de Covid-19, espère encore renforcer sa stature de dirigeant majeur avant un congrès du Parti communiste chinois en octobre, au cours duquel il brigue un nouveau mandat. Le choix de l’Asie centrale comme première destination étrangère en plus de deux ans illustre surtout l’importance que Pékin accorde à cette région, qui est traversée par les «nouvelles routes de la soie», un projet titanesque porté par M. Xi pour renforcer les liaisons commerciales avec le monde.
Il est à rappeler qu’au cours du sommet de l’OCS à Samarcande cinq pays arabes ont décidé de se joindre à l’organisation en tant que «partenaire de dialogue» au même titre que la Turquie, l’Afghanistan, la Biélorussie, l’Iran et la Mongolie. Il s’agit de l’Égypte, des Émirats arabes unis, du Koweït, de Bahreïn et du Qatar. L’adhésion de ces pays à l’OCS a été accueillie par les médias du Golfe comme un signe d’«ouverture» d’Etats du Moyen-Orient à la recherche de nouveaux liens d’intérêts politiques et géopolitiques. Selon Siham Kamal, membre de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants égyptienne, qui s’est exprimée dans les colonnes d’Al Sharq Al Awsat, «la politique étrangère de l’Égypte, ainsi que celle de ses alliés des pays arabes adhérents, est basée sur l’élargissement de ses relations avec la Russie et la Chine d’une part, et les pays occidentaux dirigés par les États-Unis d’autre part, pour réaliser ses intérêts, et sans entrer dans l’état actuel de polarisation internationale.. n