Istanbul abrite aujourd’hui un sommet extraordinaire de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) dans un contexte de grande tension liée aux répercussions de la reconnaissance par les Etats-Unis d’Al-Qods comme capitale d’Israël et d’y transférer sa mission diplomatique. Une décision unilatérale et illégale du point de vue du droit international qui provoque une indignité à travers le monde.

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de cette organisation devrait tenir à l’occasion une session extraordinaire pour convenir d’une action unifiée et coordonnée pour réagir de façon associée à cette décision portant atteinte à la ville d’Al-Qods occupée et à son statut historique, juridique et politique. Cette reconnaissance de fait des Etats-Unis ajoute à l’instabilité d’une région déjà explosive et qui vit plusieurs conflits en activité. Cette décision de Trump, qui constitue une grave escalade continue de provoquer des remous et des réactions hostiles dans le monde arabe et musulman eu égard à la sensibilité de la question et à la symbolique de la ville qui renferme plusieurs sites religieux d’une grande importance historique et spirituelle. L’onde de choc qui s’est propagée de par le monde sur cette question vient s’ajouter à un ras le bol des organisations des droits humains quant aux agissements d’un Etat qui bafoue déjà la légalité internationale et use du terrorisme contre un autre peuple. Tout en rejetant cette «véritable provocation des sentiments des musulmans», l’Organisation panislamique a considéré cette décision comme une violation flagrante des droits et des résolutions internationales, de même qu’une rupture par rapport au consensus internationale autour du statut de la ville et aux exigences d’une solution négociée de ce conflit. Le rôle américain en tant que parrain d’un quelconque processus de paix est désormais sérieusement remis en cause. Cette décision estime l’OCI, «ne menace pas seulement l’identité musulmane d’Al Qods, mais aussi son identité chrétienne «. L’OCI a réaffirmé sa position de principe sur Al Qods en tant que partie intégrante du territoire palestinien occupé en 1967, relevant que «cette décision illégale ne conférera aucune légitimité à l’occupation israélienne et ne changera nullement la réalité sur le terrain, ni l’histoire et l’identité de la ville».

Erdogan, des relations ambiguës avec Israël

Le président turc Tayyip Erdogan devrait profiter de l’occasion pour se replacer dans un dossier ultra-sensible dans la région du Proche-Orient celui de la Palestine. Le président turc s’est voulu ces dernières années comme le dirigeant musulman le plus en vue sur cette question palestinienne souvent utilisée par les dirigeants de la région pour engranger de la popularité. L’on se rappelle ses accrocs avec Israël notamment en 2010 lors de l’accostage de la flottille humanitaire Mavi Marmara qui voulait briser l’inhumain embargo sur Ghaza. Une opération qui s’est soldée par la mort de neuf citoyens turcs tués froidement par les Israéliens. Cette affaire a conduit à la rupture des relations diplomatiques par la partie turque. Ce qui a valu à Erdogan une grande popularité dans le monde arabe. Mais depuis Erdogan semble avoir repris ses relations avec l’Etat hébreu avec lequel des manoeuvres militaires étaient organisées conjointement. Erdogan dont les relations avec les Etats-Unis sont loin d’être au beau fixe notamment après le coup d’Etat manqué de 2016 et le refus de Washington de livrer le prédicateur Fethullah Gûlen vivant aux Etats-Unis et accusé par Istanbul d’être le commanditaire du putsch, tente de se replacer. L’évolution de la guerre en Syrie n’a pas cadré avec ses velléités. Erdogan tente de revenir au-devant de la scène au travers de la question sensible d’Al Qods. Erdogan dont le pays est membre de l’Otan et tente de s’imposer comme le leader de la contestation pour les droits des Palestiniens. Profitant de la mise hors-jeu des pays arabes le président turc semble vouloir utiliser la question d’Al Qods pour ses propres agendas.