L’Afrique du Sud a annoncé dimanche 13 novembre qu’elle allait faire pression pour que l’Union africaine (UA) obtienne un siège au G20, dont les dirigeants se réunissent mardi et mercredi à Bali en Indonésie. Invité au sommet de Bali, le chef de l’Etat du Sénégal et président en exercice de l’UA devrait lui aussi plaider pour une meilleure représentation du continent au sein du forum des pays les plus riches de la planète.

Par Kahina Terki
Un porte-parole du président sud-africain Cyril Ramaphosa a expliqué que l’Afrique du Sud allait contribuer à mettre en place un cadre conduisant à l’adhésion de l’UA au club des pays les plus riches. «Il est important que la voix collective du continent soit représentée à cette tribune», a déclaré le porte-parole Vincent Magqenya lors d’une conférence de presse. «Nous avons l’espoir sincère que cette proposition trouvera du soutien et sera promue par les pays membres du G20».
L’Afrique du Sud est pour le moment le seul membre africain du G20. Le président sénégalais Macky Sall, qui préside l’Union africaine et qui doit participer aussi aux travaux du G20, avait récemment appelé à une refonte de la gouvernance internationale, demandant une plus grande représentation des Africains dans les organisations internationales comme le G20 ou le Conseil de sécurité de l’ONU. En octobre, M. Sall avait lancé que le multilatéralisme devrait «servir les intérêts de tous , sous peine de s’exposer à une perte de légitimité et d’autorité».
Dans une tribune publiée dans les colonnes du journal «Le Monde» en juillet denier, le président Macky Sal a écrit qu’«en omettant la majeure partie de l’Afrique, le G20 compromet son efficacité et son influence». Dans son plaidoyer, le chef de l’Etat du Sénégal et président en exercice de l’UA a appelé à l’intégration de l’Union panafricaine au sein du forum intergouvernemental. Cela renforcerait, selon lui, «la gouvernance économique mondiale».
Le président du Sénégal et de l’UA, qui doit reprendre le même discours et le même argumentaire développés dans sa tribune au Monde, les 15 et 16 novembre, s’était exprimé dans un contexte de vif débat sur la nécessité d’une représentation plus importante de l’Afrique au sein du G20.
En juillet dernier, en effet, le président indonésien et président en exercice du G20, Joko Widodo, avait annoncé qu’il allait inviter l’Union africaine (UA) à prendre part à ce sommet. «Cela nous permettra de discuter des problèmes du monde de manière plus approfondie grâce aux voix des pays qui sont confrontés à de nombreuses difficultés alimentaires, économiques et financières, notamment en Afrique», avait alors expliqué la ministre des Finances indonésienne, Sri Mulyani Indrawati.

Augmenter la représentation du continent
En juillet dernier également, les ministres des Finances et de l’Économie de l’Égypte, du Ghana et du Sénégal ont plaidé pour l’octroi d’un siège permanent à l’Union africaine au sein du G20. «La présence de l’Afrique en tant que membre permanent par l’intermédiaire de l’Union africaine renforcera le G20. Augmenter la représentation du continent dans les délibérations du G20 permettra une continuité et un engagement plus réactif», avaient ainsi plaidé Mohamed Maait, Ken Ofori-Atta et Amadou Hott, dans une lettre adressée aux ministres des Finances et Gouverneurs des banques centrales du G20.
Le sommet de Bali coïncide avec la 2e semaine de la COP27 et le chef d’État sénégalais et président de l’UA devrait ainsi évoquer entre autres avec les dirigeants du G20 les «partenariats pour une transition énergétique juste (JETP)» que plusieurs pays africains négocient avec les pays riches.
Outre le décaissement de nouveaux financements climatiques en faveur des pays africains, les défis auxquels fait face le continent depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien (dont la crise alimentaire) devraient également être au centre des discussions que tiendra Macky Sall.
Placé sous le slogan «Se rétablir ensemble, se rétablir plus solidement», le sommet des 20 économies les plus développées de la planète abordera, entre autres sujets, les trois priorités mises en avant par la présidence indonésienne du G20, en l’occurrence l’architecture mondiale de la santé, la transformation numérique et la transition énergétique durable.
Selon les analystes, la présence de dirigeants de l’UA à ce sommet pourrait contribuer à réduire les tensions entre pays occidentaux et Russie qui ont marqué les dernières réunions du G20, et à augmenter les chances d’un accord sur la gestion de la crise alimentaire et énergétique mondiale. Une réunion des ministres des Finances et Gouverneurs de banques centrales du G20 tenue mi-juillet à Bali, s’était achevée sans communiqué conjoint, faute de consensus entre les pays membres après des désaccords sur l’impact économique de l’offensive russe en Ukraine.
Les grands argentiers ont échangé sur des réponses à la crise alimentaire et énergétique mondiale, et à l’envolée de l’inflation. Mais tout accord a été rendu impossible par la confrontation entre les pays occidentaux qui ont dénoncé l’impact de la guerre russe en Ukraine, et Moscou qui estime que les sanctions occidentales à son encontre sont à l’origine desdites crises.
L’Indonésie a subi de fortes pressions de la part des Occidentaux pour exclure la Russie du sommet en réaction à la guerre en Ukraine, mais Jakarta a résisté en arguant que le pays hôte du sommet devait rester neutre. En contrepartie, le président ukrainien, dont le pays n’est pas membre du G20, a été invité par l’Indonésie. Tout récemment, on a su que le président russe Vladimir Poutine ne sera pas présent à Bali. Il sera représenté par son ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov.
Pour rappel, le G20 est un forum international réunissant les 20 économies qui sont les plus grandes et qui affichent la croissance la plus rapide (19 pays plus l’Union européenne). Ses membres représentent environ 80% du PIB mondial, 60% de la population de la planète et 75% du commerce à l’échelle internationale. L’Afrique du Sud est jusqu’ici le seul membre permanent du G20 issu du continent africain.
Pour rappel également, l’Algérie, pays central au sein de l’UA, plaide depuis des années pour une meilleure représentation de l’Union au sein des organisations internationales et instances multilatérales. Dans le cadre du débat sur la réforme de l’ONU, Alger plaide depuis des années pour un ou deux sièges pour l’UA au sein du Conseil de sécurité. n