Les perspectives de l’évolution du marché pétrolier s’assombrissent davantage au fur et à mesure que la pandémie de coronavirus reprend du poil de la bête à travers de nombreux pays, alors que l’économie mondiale est loin de montrer un quelconque signe de reprise.

Après l’Opep, c’était autour de l’AIE d’afficher, hier, son pessimisme quant à l’état de santé de l’économie mondiale qui lézarde un peu plus l’espoir de reprise de la demande mondiale de pétrole qui, elle, conditionne en partie la remontée des cours du brut. Dans son rapport mensuel, publié hier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a abaissé, à nouveau, ses prévisions d’évolution de la demande pétrolière pour cette année en raison de la crise sanitaire, évoquant des perspectives encore plus «fragiles» pour le marché. «Une résurgence de cas de Covid-19 dans de nombreux pays, des mesures de confinement locales, la poursuite du télétravail et la faiblesse du secteur aérien nous ont conduit à abaisser nos estimations de la demande pour les troisième et quatrième trimestres de 2020», explique l’AIE dans son rapport mensuel sur le pétrole.
L’Agence s’attend ainsi désormais à une chute annuelle de 8,4 millions de barils par jour (mb/j) de la demande mondiale cette année, contre 8,1 mb/j attendus dans le précédent rapport. La veille, l’Opep s’était montrée plus pessimiste pour la demande mondiale de pétrole cette année et en 2021, tablant sur une baisse de 0,4 million de barils par jour (mb/j) de la demande par rapport au mois d’août. Celle-ci devrait ainsi reculer plus fortement qu’anticipé jusqu’à présent, de 9,5 mb/j, pour atteindre 90,2 mb/j en raison de la crise sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19. Ces projections pour le moins sombres donnent des maux de tête aux responsables algériens, contraints désormais de soigner à la fois les conséquences de la chute des cours du brut, l’impact de la pandémie de coronavirus sur les entreprises ainsi que les maux structurels dont souffrent l’économie algérienne. Cette forte volatilité des marchés pétrolier ne fait que complexifier davantage l’équation budgétaire, de plus en plus tendue, ce qui rend les arbitrages encore plus complexes.
A trois mois de la fin d’un exercice marqué par une rechute drastique des cours du brut ; le baril de Brent ayant atteint un plus bas de 16 dollars en avril, le triple choc auquel fait face l’économie algérienne, la crise sanitaire, le chute des prix du pétrole et le déficit criant de diversification, a fortement réduit la marge de manœuvre de l’Exécutif. Le ralentissement économique et la baisse des prix du pétrole a réduit les recettes budgétaires et les revenus en devises, faisant grimper ainsi fortement les déficits budgétaire et courant. A moins de 40 dollars le baril, les recettes budgétaires de l’Algérie devrait baisser de manière drastique malgré les coupes ayant touché, cette année, les dépenses d’équipement et la consommation publique. Au chapitre des comptes extérieurs, le déficit commercial devrait se creuser également et, plus globalement, le déficit de la balance des paiements. Celle-ci devrait enregistrer un solde négatif de -18,8 milliards de dollars, si l’on tient compte du cadrage macroéconomique de la loi de finances complémentaire 2020, contre 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire, alors que le déficit budgétaire augmentera à -1.976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du Produit intérieur brut (PIB) (contre -1.533,4 milliards de dinars, soit -7, 2% du PIB dans la loi préliminaire). La nouvelle chute des prix du pétrole, dont le Brent était coté hier à moins de 40 dollars le baril, devrait se traduire par un creusement des déficits jumeaux et une accélération de la fonte des réserves de change. Au chapitre de la microéconomie, la baisse des recettes budgétaires et des revenus en devises réduira la force de frappe budgétaire du gouvernement et imposera à nombre d’entreprises et de secteurs d’activité le régime sec, celui de l’énergie n’est pas en reste, alors que les entreprises du secteur public économique se sont déjà mises à couper dans les dépenses.