Par Khaled Remouche
La disparition du ministère de la Transition énergétique et des énergies renouvelables (MTEER) jette un flou supplémentaire sur le projet Solar 1000 MW. Elle incite également à se poser des questions sur le devenir de la société Shaems, chargée de piloter les candidatures à l’investissement.
Plus de dix jours après l’installation de la ministre de l’Environnement à la tête d’un super département et qui récupère, également, la Transition énergétique qui disparaît de l’organigramme du gouvernement, le flou entoure la relance du projet Solar 1000 MW. L’ouverture des plis, prévue en juillet dernier, a été reportée à une date ultérieure guère précisée, donnant libre cours aux spéculations. « Pas avant la fin 2022 », « en 2023 », avancent certains observateurs de la scène énergétique nationale.
Les nouvelles autorités de la filière n’ont prononcé à ce jour aucun discours rassurant en direction des acteurs du marché, en particulier les potentiels soumissionnaires, ou en direction des sous-traitants intéressés par ce marché. Ces derniers sont plongés dans l’incertitude au sujet de la date d’ouverture des plis techniques, mais, également, concernant les prérogatives de la nouvelle ministre de l’Environnement.
Il convient de rappeler que le cahier des charges inhérent à l’appel d’offres Solar 1000 MW affiche le pouvoir accordé au ministère de la Transition énergétique de piloter le processus et à l’entité constituée entre Sonatrach et Sonelgaz Shaems de lancer l’appel d’offres et de sélectionner les sociétés ou groupements qui seront chargés de la réalisation des centrales photovoltaïques d’une capacité de 1000 MW. Avec le rattachement du ministère de la Transition énergétique à celui de l’Environnement, la question est de savoir si ce dernier aura les prérogatives de relancer l’appel d’offres Solar 1000 MW.
Pour un spécialiste du domaine, il faudra promulguer un décret qui fixe les nouvelles prérogatives de la ministre de l’Environnement, la gestion du dossier de transition énergétique. Ce qui va la conforter dans un rôle de super ministre avec le maintien de Shaems dans le giron de ce grand département et le pilotage du projet Solar 1000 MW. Mais il se pourrait qu’on revienne au schéma antérieur, selon ce spécialiste, où le ministère de l’Energie s’occupe des grands projets dans le domaine des énergies renouvelables, tel que le projet Solar 1000 et le rattachement de Shaems et au ministère de l’Environnement, l’attribution des petits projets dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier le hors réseau. L’autre grand point d’interrogation est la gestion du fonds des énergies renouvelables dévolu au ministère de la Transition énergétique par la loi de finances, avance un expert. Ce fonds est très important dans le processus de réalisation des centrales photovoltaïques d’une capacité de 1000 MW puisqu’il couvre le différentiel entre le prix du kilowattheure et le prix du kilowattheure cédé au consommateur final. Il faut que la prochaine loi de finances attribue au ministère de l’Environnement la gestion de ce fonds.

L’objectif de produire 4000 MW compromis ?
Autre interrogation, la question du financement des projets de réalisation de ces centrales photovoltaïques d’une capacité globale de 1000 MW. Aucune garantie n’a été donnée aux potentiels soumissionnaires que les banques publiques et privées locales vont devoir financer ces projets ni les investisseurs. Ce processus suit le modèle IPP qui, dans plusieurs pays développés ou émergents, donne aux investisseurs la liberté de mobiliser les financements. Ce qui veut dire pour l’Algérie le recours aux crédits extérieurs. Si pour Solar 1000 MW, cette option est retenue, il faudra l’accord des plus hautes autorités du pays. L’autre incertitude est la garantie de l’Etat en cas de défaillance de Sonelgaz à payer les sociétés productrices d’électricité alimentant le réseau de Sonelgaz à partir de l’énergie solaire. Toutes ces incertitudes laissent penser que l’ouverture des plis techniques ne se fera qu’en 2023. Quant à la mobilisation du financement, le cahier des charges du projet Solar 1000 MW fixe un délai de six mois.
Ce n’est donc qu’en 2023, voire au second semestre 2023, que les sociétés retenues pour la réalisation de ces centrales photovoltaïques seront prêtes à lancer les travaux dont la durée est estimée à deux ans. Il s’ensuit que l’objectif gouvernemental de production de 4000 MW à l’horizon 2024 risque d’être compromis, même dans le scénario où le gouvernement lance en 2023 les appels d’offres Solar 2 1000 MW, Solar 3 1000 MW, Solar 4 1000 MW.