Le Cluster Énergie Solaire s’inquiète du devenir du projet de génération électrique à partir du solaire. Son directeur général Boukhalfa Yaici s’alarme du retard pris dans sa concrétisation après la décision du gouvernement de faire disparaître l’éphémère ministère de la Transition énergétique et des énergies renouvelables. Il appelle l’Exécutif à fixer les prérogatives des ministères de l’Energie et de l’Environnement.

Par Khaled Remouche
Le dernier remaniement ministériel n’a pas eu que des impacts positifs sur l’action de l’Exécutif. Pour Boukhalfa Yaici, le Directeur général du cluster Energie solaire, la suppression du ministère de la Transition énergétique de l’organigramme du gouvernement Aimene Benabderrahmane ne constitue guère un signal positif à l’adresse de la communauté d’affaires internationale intéressée par le Projet Solar 1000 MW destiné, rappelons-le, à la réalisation de cinq centrales photovoltaïques, notamment dans les wilayas de Béchar, Laghouat, Ouargla et El oued. «L’image de l’Algérie est brouillée», a-t-il souligné, en raison de faits contradictoires : d’un côté, une volonté politique affichée au plus haut niveau de développer les énergies renouvelables et particulièrement d’accélérer le lancement des travaux du projet Solar 1000 MW et, de l’autre, la disparition du département de la Transition énergétique dans le nouveau gouvernement. Le Directeur général du cluster ajoute que ce changement a eu comme conséquences le glissement dans les délais inhérents à l’ouverture des plis techniques prévue pour juillet et reportée à la fin de l’année 2022, et qui s’explique, a-t-il indiqué, par la nécessité de fixer par décret les prérogatives du ministère de l’Energie et celles du ministère de l’Environnement afin de pouvoir relancer le projet Solar 1000 MW. Pourquoi ? Le cahier des charges relatif au projet Solar 1000 MW attribuait au ministère de la Transition énergétique entre autres prérogatives le pilotage de ce projet, ainsi que les autres appels d’offres de 1000 MW afin d’atteindre l’objectif de 15 000 MW à l’horizon 2035, a-t-il expliqué. Ainsi, le dernier remaniement ministériel a changé la donne. Selon notre interlocuteur, la scène énergétique nationale assiste au retour du schéma de 2017. En d’autres termes, le ministère de l’Energie se chargera des grands projets en matière de développement des énergies renouvelables, tels que les projets Solar 1000 MW, et le ministère de l’Environnement des petits projets, comme le hors réseau, comme l’installation de chauffe-eau solaires et de pompes solaires pour l’agriculture.
D’ailleurs, le Projet de loi de finances 2023 (PLF 2023) à travers son orientation des dépenses dessine cette division du travail, puisque le ministère de l’Energie se voit attribuer des fonds supplémentaires pour participer notamment au financement du projet Solar 1000 MW, ajoute Boukhalfa Yaici. De plus, ce texte prévoit la disparition à la fin de l’année 2022 des comptes d’affectation spéciale (CAS), c’est-à-dire le fonds pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, précise le directeur général du cluster Energie solaire. «La promulgation de ces décrets pourrait prendre du temps et l’ouverture des plis techniques pourrait s’effectuer au premier trimestre 2023 dans un scénario pessimiste», avance Boukhalfa Yaici qui ne pense pas que l’ouverture des plis techniques et financières se fasse «séance tenante». Selon lui, l’ouverture des plis techniques devrait retenir les soumissionnaires qui atteignent les 800 points, puis suivra une période de deux mois d’évaluation qui sera couronnée par la séance d’ouverture des plis financiers «si tout se passe bien». Ainsi, dans ce scénario, les soumissionnaires retenus ne seront connus qu’au premier semestre 2022.

Appel au président pour promulguer les décrets rapidement
Pour plus de visibilité et pour accélérer le processus et en finir avec cette image brouillée perçue par la communauté d’affaires internationale, Boukhalfa Yaici lance un appel : «J’invite le président de la République à exiger que ces décrets soient promulgués rapidement.»
Par ailleurs et en ce qui concerne le partenariat avec l’Union européenne sur l’exportation de quantités supplémentaires de gaz à l’Europe, la réduction du torchage du gaz, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, le cluster Energie solaire insiste sur la proposition algérienne faite à l’UE d’installer en Algérie une filière industrielle dans le domaine des énergies renouvelables (fabrication de panneaux solaires et autres équipements) de production d’énergie solaire en Algérie et destinée à l’Europe. Cela passe, dira-t-il, par la réalisation de câbles électriques sous-marins vers l’Europe, ce qui demande des efforts des autorités pour que cette offre soit acceptée et que soit surmontée un handicap, à savoir que le marché de l’électricité de l’UE est au jour le jour alors que l’Algérie demande des contrats long terme.
La guerre en Ukraine avec la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements énergétiques ouvre des opportunités pour que l’Algérie place son énergie solaire et son hydrogène vert en Europe, insiste Boukhalfa Yaici. Encore faut-il que s’installe une dynamique dans la filière énergie solaire et hydrogène vert à travers notamment Shaems, l’entité entre Sonatrach et Sonelgaz (pour ses 1300 MW et le développement de l’hydrogène vert), et dans l’accompagnement des sociétés étrangères intéressées par le développement des deux filières en Algérie. <