De nouvelles indications ont été fournies hier, en marge du forum algéro-européen sur les opportunités d’investissement dans le secteur de l’énergie, sur le projet de génération électrique de 1000 MW à partir de l’énergie solaire. Smaïl Mougari, le numéro un de Shaems, la société en charge de son pilotage, a, en effet, affirmé qu’il est en bonne voie et qu’il devrait être bouclé d’ici la fin de l’exercice 2022. Les travaux de réalisation des cinq centrales photovoltaïques devraient démarrer en juin 2023, a-t-il assuré. La question de l’attractivité de l’investissement et de son financement continue de nourrir le débat des opérateurs.

Par Khaled Remouche
Le lancement des travaux des cinq centrales photovoltaïques d’une capacité totale de 1000 MW pourrait intervenir en juin 2023 pour la réception probable de la centrale de Béchar fin 2023 et des autres centrales en 2024. Le problème du financement est en voie de règlement, les autorités ayant opté pour un financement bancaire local bonifié des projets.
Le Forum Algérie-UE sur l’investissement centré sur les opportunités d’investissement dans le secteur énergétique algérien a été clos hier. La seconde journée a été consacrée aux énergies renouvelables et à la stratégie de développement de l’hydrogène. Elle a été marquée par l’annonce en marge du forum du Directeur général de Shaems, l’entité constituée par Sonatrach et Sonelgaz, chargée de piloter le projet Solar 1000 MW entrant dans le programme de développement des énergies renouvelables qui prévoit une capacité de production de 15 000 MW à l’horizon 2035 à partir des énergies renouvelables.
Le premier responsable de cette société a indiqué que l’ouverture des plis techniques et financiers aura lieu avant la fin de l’année. Les sociétés ou groupements retenus pour réaliser cette première tranche de 1000 MW devront réaliser cinq centrales photovoltaïques à Foulia à El Oued (300 MW), à Hassi Delaa à Laghouat (300 MW), à Temacine à Touggourt (250 MW), à Aïn Beïda à Ouargla (100 MW) et à Beni Ounif à Béchar (50MW). Il a laissé entendre que le problème de financement est en voie d’être réglé, les autorités ayant décidé d’opter pour un financement bancaire local bonifié des projets, a-t-il indiqué. Ce qui permet, ajoute-t-il, d’accélérer les choses. «Si on avait choisi l’endettement extérieur, cela aurait pris un an pour lancer les travaux.» Le Directeur général de Shaems estime que le démarrage des travaux des centrales pourrait intervenir en juin 2023 et la mise en service de la petite centrale de Béchar fin 2023, les autres centrales en 2024. Dans son intervention au cours de cette seconde journée, le DG de Shaems indique que ces cinq centrales vont économiser 600 millions de mètres cubes de gaz, créer 5 000 emplois et réduire de plus de 1 million de tonnes d’émission de CO2. Ce qui permettrait à l’Algérie de monnayer sur le marché international cette réduction d’émissions de CO2 : 40 à 70 dollars la tonne de C02 et donc de réduire le prix du kilowattheure produit par ces centrales cédé au consommateur. Sur le report de l’ouverture des plis, il a ajouté que les potentiels soumissionnaires, c’est-à-dire les entreprises intéressées par cet appel, ont demandé le report de l’ouverture des plis prévue en juillet dernier pour une question notamment d’études de sol.
A propos du CO2, le représentant Total Energies, Abdelkrim Dziri, a suggéré à ce que notre pays crée une autorité de certification qui permet de créer le marché national de carbone, un préalable à l’introduction de l’Algérie à ce marché international du carbone. Le président du conseil d’administration du cluster Green Algeria Energy, Mehdi Bendimerad, a lui indiqué que cette association regroupe 40 acteurs de la filière énergie solaire entre industriels, entreprises de services, instituts universitaires et de recherche. Elle a développé une capacité qui permet de répondre à une clause du cahier des charges : 30% de contenu local imposé aux soumissionnaires. Cette corporation peut garantir 30% des panneaux solaires produits localement pour les besoins de ces cinq centrales, 85% des structures porteuses, 100% des câbles, 30% de la partie EPC et 30% de la partie maintenance, a-t-il ajouté. Elle peut disposer de capacités additionnelles au fur à mesure que les projets 1000 MW avancent : 1000 MW par an pour atteindre les 15 000 MW en 2035.
Cette filière locale peut mettre à la disposition de ces centrales 800 MW de panneaux solaires annuellement. Le président du conseil d’administration du cluster a rappelé que ce programme de 15 000 MW peut créer 67 000 emplois. Il a appelé les entreprises européennes à s’installer et à s’impliquer dans la production de panneaux solaires et autres équipements pour ces centrales qui vont contribuer en phase de croisière à satisfaire également le marché européen en énergie.
Fouaz Sid, Directeur à Société générale, a abordé la problématique de financement de ce programme.

15 milliards de dollars pour financer le programme 15 000 MW
Il a souligné que le financement des banques de la place ne suffirait pas. Il faudra mobiliser 15 milliards de dollars pour ces 15 000 MW. Il faudra mobiliser, outre les fonds propres des soumissionnaires, le fonds de l’Etat pour le développement des énergies renouvelables, la mobilisation d’emprunts obligataires nationaux, la mobilisation de prêts des fonds d’investissement dans les énergies renouvelables, les prêts de la BEI, de la Berd, de la BAD, de la BM, des Nations unies. Il faudra également utiliser les mécanismes de financement internationaux de l’énergie verte. Quant au développement de l’hydrogène en Algérie, les spécialistes de la commission européenne ont souligné que l’Europe a besoin des importations d’hydrogène vert de l’Algérie. A ce sujet, Bilel Kalach, Directeur des énergies renouvelables à Sonatrach, a exposé la stratégie de la compagnie pétrolière nationale concernant le développement de l’hydrogène qui passe entre 2022 et 2030 par une phase de projets pilotes. La phase de développement, c’est-à-dire de production interviendra entre 2030 et 2040. Ce qui a fait réagir Jorgo Chatzimarkakis, représentant d’Hydrogène Europe : «Il faut y aller maintenant sinon l’Algérie va rater le train de l’hydrogène (l’exporter vers l’Europe).» Bilel Kalach lui répondant : «S’il y a une demande européenne, on peut y aller maintenant. Il n’y a pas de demande. Nous sommes ouverts à des partenariats avec des compagnies européennes pour développer des projets d’hydrogène dès maintenant.» <