La situation des mères célibataires et la hausse du nombre d’enfants nés hors mariage ont fait l’objet de questions orales, jeudi à l’Assemblée populaire nationale (APN).

Sollicitée sur ce sujet à l’occasion d’une séance plénière, la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Mounia Meslem, a soutenu d’entrée que la prise en charge de ce phénomène relève « de la responsabilité et de la mise à contribution de tous ». « Quand, je dis tous, cela veut dire de la responsabilité de l’élite, de la famille ainsi que de la société civile », a-t-elle précisé. La ministre a appelé les acteurs concernés « à contribuer à aider les mères célibataires en situation sociale difficile », arguant que « la majorité d’entre elles ont contracté un mariage coutumier ou sont victimes de violence ou de problèmes familiaux et sociaux ». Dans ce cadre, la membre du gouvernement a fait observer que dans beaucoup de cas, des mères célibataires gardent leur enfant. « 363 mères biologiques ont décidé de ne pas abandonner leur enfant en 2016 », a-t-elle noté. Précisant que « le ministère suit avec beaucoup d’intérêt le dossier et de près pour assurer aide et assistance sociale à ces mères célibataires et tenter de les réintégrer dans la société ». La ministre a évoqué à ce propos les centres de prise en charge de cette catégorie sociale lesquels « leur apportent une aide psychologique, sociale et éducative dans le cadre de la politique de l’action sociale et de la solidarité nationale comme le prévoit la Constitution ». Dans ce cadre, elle ne manquera pas de souligner l’étude de terrain réalisée par le secteur de la solidarité nationale, conjointement avec le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) sur la violence infligée aux adolescentes, couronnée par un plan d’action national annoncé en juin 2016. Ce plan est constitué de programmes pédagogiques et de prévention contre la violence sexuelle, ainsi que des programmes de soutien à la formation visant à optimiser les potentialités des spécialistes. La ministre évoquera une implication sérieuse de son département dans la prise en charge de cette catégorie notamment à travers la sensibilisation. C’est ainsi qu’elle annonce que des rencontres de sensibilisation sur le code pénal sont également prévues, la création d’espaces de dialogue, d’écoute et d’orientation pour la réinsertion sociale de toutes les catégories défavorisées, vulnérables et les victimes de violence, les mères célibataires, en particulier. D’où son appel à « intensifier l’action de sensibilisation de proximité et d’encourager la culture de dialogue et le discours religieux modéré ». Relancée sur le nombre grandissant des enfants nés hors mariage, la ministre a donné quelques statistiques à ce propos. « Le nombre d’enfants dans les centres d’accueil à travers 41 wilayas était de 1 237 enfants jusqu’à novembre 2016 », a-t-elle relevé.
La question des mères célibataires et la solitude cruelle ainsi que la marginalisation dans laquelle elles se trouvent face à une situation où elles n’ont ni statut social ni juridique pour faire valoir leurs droits de citoyenne et se protéger, elles, ainsi que leurs enfants est encore un sujet tabou dans notre société. Lors d’une rencontre scientifique, l’une des rares sur le sujet d’ailleurs, le professeur Fadéla Chitour, membre du réseau Wassila/Avife, s’était inquiétée et insurgée contre l’occultation d’une réalité sociale à « laquelle il faut des réponses courageuses et intelligentes » et « non le silence et l’occultation ». Louisa Aït Hamou, présidente du réseau Wassila, avait insisté, elle, sur le constat « que dans notre société il y a de plus en plus de mères célibataires » et que cela « reste encore tabou » et qu’« il est temps pour en finir avec les stéréotypes sur les mères célibataire ». Contactée hier, une responsable de l’association Tharwa n’Fadhma n’Soumer a affirmé que «ce genre de déclaration est rassurant, mais reste flou ». Elle a néanmoins déploré que « le code de la famille est en grande partie responsable de la précarité des mères célibataires». « Les mères célibataires sont obligées de détourner toutes les lois, surtout quand elles veulent garder leurs enfants, allant jusqu’à le faire adopter par leurs propre parents », ajoute l’activiste. « Un travail doit se faire en amont avec les association contre la précarité. Nous devons unir nos forces pour protéger ces femmes mais aussi toutes les autres. Le ministère doit mettre à la disposition des associations des statistiques fiables car nous n’avons aucun chiffre officiel », dira notre interlocutrice.