Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) a lancé, hier, un nouvel appel au Président de la République Abdelmadjid Tebboune pour, d’une part, mettre fin à l’exclusion du syndicat du dialogue social avec le ministère de la Santé et, d’autre part, pour la concrétisation sur le terrain des différentes directives du Président de la République concernant le dossier Covid et l’amélioration de la situation socioéconomique des professionnels de la santé.

S’exprimant à l’occasion d’une conférence de presse organisée au siège du SNPSP à Alger, le président du syndicat Lyes Merabet a affirmé à ce propos qu’un courrier officiel a été envoyé, le 6 juillet dernier, à la présidence pour demander au Président d’intervenir sur ses deux points essentiels qui sont la reprise du dialogue social et l’application concrète des directives du chef de l’Etat pour l’amélioration de la situation socioéconomique des professionnels de la santé.
Le président du SNPSP affirme que plusieurs dossiers concernant les revendications des professionnels de la santé sont toujours au point mort et que le dialogue avec la tutelle est rompu depuis plusieurs mois unilatéralement de la part du ministre de la Santé. Il précise à ce sujet que la dernière rencontre avec le ministre de la santé s’est déroulée au mois de novembre 2021, et depuis, c’est silence radio malgré les nombreuses demandes d’audience officielles par courrier, dont la dernière date du 31 mai dernier, pour une réunion urgente pour la réouverture du dialogue social tel que préconisée par le Président de la République.
Une rupture de dialogue qui risque de s’aggraver encore plus, suite aux déclarations du ministre de la Santé, avant-hier, lors d’une sortie de travail sur le terrain dans la capitale. Interrogé par les médias présents sur le retard du versement de la prime Covid, Abderrahmane Benbouzid a répondu que «cette prime était liée à la situation épidémique et certaines personnes avaient indûment touché cette prime». Il avait également ajouté que le «montant budgétaire de cette prime permettrait de construire deux hôpitaux».

Dix mois de retard dans le versement de la prime Covid

A ce sujet, Dr Lyes Merabet interpelle directement le ministre de la Santé, lui demandant qu’«il explique pourquoi cela fait dix mois que cette prime n’a pas été versée aux professionnels de la santé», enchaînant que «même s’il y a des indus bénéficiaires de la prime Covid, comme il le souligne, cela concerne la responsabilité de son administration et non pas les professionnels de la santé qui étaient en première ligne de la lutte contre la pandémie et qui n’ont toujours pas touché la prime depuis près de dix mois». Il tient également à souligner que 453 professionnels de la santé sont décédés des suites de complications de la contamination à la Covid sur leur lieu de travail. Il tient à préciser que dans ce triste bilan, «nous n’avons pas seulement comptabilisé les praticiens mais également les femmes de ménage, les agents, les ambulanciers, les aides qui travaillaient à la morgue, les infirmiers. Ils ont tous été impliqués dans la lutte contre la covid et ont été contaminés sur leur lieu de travail».
Lyes Merabet estime que «tous ceux qui ont travaillé dans les structures de santé, que ce soit au niveau des urgences, des consultations, du circuit hospitalier sont concernés par la prime covid tel que l’a décrété le Président de la République».
Il soulève également la problématique des hospitalo-universitaires qui ont été exclus du versement de la prime malgré leur implication au niveau des hôpitaux et mêmes des universités et qu’il est important de réparer «cette injustice».
Le président du SNPSP tient à souligner que «si le ministère de la Santé veut vraiment tamiser les ayants droit à cette prime covid, on n’a qu’à travailler ensemble autour d’une table de dialogue pour trouver une solution mais cela ne justifie en aucun cas le retard de dix mois du versement de cette prime».
Il dénonce également le ton utilisé par le ministre de la Santé lorsqu’il a déclaré que le montant financier du versement de cette prime permettrait de construire deux hôpitaux. «Nous ne voulons pas entrer dans ses considérations, mais nous pensons que cet argument est injustifié pour la non-application des directives du Président concernant le dossier». Ajoutant, «s’il parle de la valeur financière de la prime covid, qu’elle est la valeur qu’il donne à la vie des professionnels de santé qui sont décédés suite à leur mobilisation en première ligne pour lutter contre la pandémie ?» Il souligne dans ce sillage que la décision du Président de la République de verser un capital décès aux familles endeuillées d’une valeur de 100 millions de centimes, n’a jusqu’à présent été versée à aucune famille».
Dr Lyes Merabet affirme, concernant le dossier Covid, que les autres mesures telles que la couverture à 100% du personnel de la santé, la bonification des cotisations à la retraite qui n’ont toujours pas été appliquées sur le terrain.
Quant à la bonification de la retraite, annoncée par le Président de la République, qui stipule que tous les professionnels de la santé qui ont été mobilisés durant deux mois dans le cadre de la lutte contre la covid ont une bonification de six mois, en précisant que cette bonification est plafonné e à deux années maximum, là aussi aucun professionnel de la santé n’a bénéficié de cette mesure.
Par ailleurs, concernant le démenti du ministre de la dissolution des Etablissements publics de santé de proximité (EPSP), le président du SNPSP estime que «les choses sont pourtant claires : la carte sanitaire de la loi de la santé 2018 annule ou dissous les EPSP et les EPH (Etablissement public hospitaliers) et marque le retour à la circonscription sanitaire, c’est-à-dire un hôpital avec des annexes». Tout en soulignant que la révision de la carte sanitaire nécessite «une concertation de tous les acteurs du secteur en toute transparences». Il estime que «le grand risque est le démantèlement de la colonne vertébrale du secteur de la santé en Algérie avec le risque de la vente de ces infrastructures de proximité au dinar symbolique pour le secteur privé et le risque de créer des déserts médicaux comme cela a été démontré dans d’autre pays».
Il conclut en affirmant que l’objectif de toutes ses revendications est l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des travailleurs de la santé mais également de garantir l’accès aux soins de qualité à tous les citoyens algériens».