Le confinement total de la wilaya de Blida et le couvre-feu à Alger de 19h à 7h du matin sont des «mesures absolument nécessaires», car «on connait ce que représente le nouveau coronavirus en termes de vitesse de propagation et de menace sur la santé publique», estime le professeur Smaïl Mesbah, membre du comité scientifique en charge de la lutte contre le coronavirus.

«Il est apparu, à travers les expériences des différents pays qui ont été touchés, que le confinement fait partie des principales mesures devant être instaurées. En Algérie, le confinement est d’abord venu en complément à d’autres mesures qui ont été prises pour endiguer notamment le foyer de Blida où il y a une transmission locale avérée. Les mêmes mesures pourraient être élargies à d’autres wilayas en fonction de l’évolution de la situation», a-t-il déclaré, hier, lors de son passage sur la Radio nationale. Il a expliqué que le confinement total ou partiel consiste à freiner la propagation du virus, indépendamment du dépistage.
Justement, à propos du dépistage, il est essentiel de noter que celui-ci est nettement loin de refléter la réalité si l’on considère les déclarations de ce professeur en infectiologie : «Le nombre de cas réels de contamination au covid-19 serait plus élevé que le nombre de cas officiellement confirmés. Nous avons 230 cas confirmés. Il ne faut pas croire qu’il n’y a que 230 cas confirmés, car il doit bien y avoir des porteurs sains, asymptomatiques, c’est-à-dire qui n’ont pas de symptômes mais qui sont porteurs du coronavirus», a-t-il noté. Ce qui l’a amené à conclure que «personne ne peut prévoir à quel moment se fera le pic parce que ce virus a un génie propre. Nous avons vu comment ont été les évolutions dans les autres pays. Il est très difficile de dire que ce pic aura lieu au mois de mars, en avril ou en mai. L’essentiel pour nous, indépendamment de l’évolution qui doit être contrôlée, c’est de prendre les mesures qui ont été prises mais, surtout, de les respecter et de les faire respecter». Pour le Pr Mesbah, l’Algérie, se basant sur ce qui s’est passé dans d’autres pays, a appliqué par anticipation les mesures qui sont en vigueur aujourd’hui, et ce, même si le nombre de cas confirmés au covid-19 est nettement moindre par rapport à ces autres pays lorsqu’ils avaient instauré les mesures que nous avons maintenant chez nous».
Début de l’usage de la Chloroquine à Blida et Alger
Sur un autre volet, celui de la médication, il annoncé le début de l’usage de la Chloroquine, un médicament «de l’espoir», utilisé habituellement comme thérapie contre le paludisme, pour traiter des malades infectés par le coronavirus. Ce sont les patients admis à l’hôpital de Blida, où est concentré le plus grand nombre de personnes infectées par le covid-19, et ceux se trouvant à l’hôpital d’El Kettar qui commenceront à bénéficier de ce «protocole».
«C’est un traitement potentiel de covid-19, la chloroquine étant un produit connu depuis près de 70 ans et utilisé partout et notamment dans notre pays. Ce produit est donc connu, il n’est nouveau», selon les explications du professeur, qui ajoute que 110.000 unités de ce médicament sont déjà disponibles au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux et que 190.000 autres vont être incessamment importées.
Donnant plus de détails sur l’utilisation de ce médicament, il dira que c’est une prescription qui sera encadrée et ne se fera qu’en milieu hospitalier dans les services spécialisés qui prendront en charge les cas confirmés de coronavirus. «Cette prescription ne se fera pas pour tous les cas. Au stade actuel de l’évolution des connaissances, les cas bénins n’auront pas besoin de ce produit, puisqu’ils guériront naturellement», d’où «pourquoi leur donner un produit qui pourrait éventuellement donner des effets secondaires», et «ne seront donc concernés par ce produit que ceux qui font des formes compliquées et des formes sévères de maladie».
La prescription de ce médicament se fera «sous contrôle et sous surveillance médicale stricte pour une durée de cinq à sept jours, ce qui n’est pas une durée très longue à même de laisser supposer que des effets secondaires peuvent apparaître», selon les précisions du Pr Mesbah. Celui-ci n’a pas manqué de mettre l’accent sur la prévention que doivent observer les citoyens qui ont un rôle important à jouer, déclarant qu’«il y faut absolument qu’on se rende compte que l’arrêt de la transmission passe par soi» et que «chaque individu est responsable de sa propre santé et celle de son entourage et peut contribuer à freiner cette transmission».
Intervenant la veille, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid a fait état du renouvellement «continu» des stocks de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) et de l’Institut Pasteur d’Algérie, en coordination avec les autres secteurs et en application des instructions du Président de la République, et ce, grâce aux facilités accordées par le gouvernement à l’importation de ces produits. Il a, à ce propos, fait savoir qu’une cellule avait été installée auprès du Premier ministre pour prendre en charge cette opération, annonçant la finalisation de toutes les procédures pour l’ouverture de structures de dépistage du covid-19 dans trois annexes de l’Institut Pasteur : l’annexe d’Oran entrée en service lundi, celle de Constantine devant être opérationnelle aujourd’hui et celle de Ouargla la semaine prochaine. Rassurant le personnel de la santé, il a indiqué suivre les besoins réels de chaque établissement hospitalier et y subvenir, au jour le jour, afin d’éviter «l’utilisation irrationnelle des moyens de prévention à forte demande qui pourraient devenir un moyen de spéculation».
Par ailleurs, la PCH a fait savoir qu’elle met ses infrastructures de stockage à la disposition des personnes morales et physiques voulant faire don de produits pharmaceutiques dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Outre Alger, la PCH précise qu’elle dispose d’annexes régionales «tout aussi disposées à recevoir les dons», à Oran, Annaba, Biskra et Bechar.<